Band 
Tome troisième.
Seite
382
JPEG-Download
 

382 HISTOIRE DE L’ARMEE

de Tolly. L’armistice signé, l’Empereur partit pour Dresde . En réalité, cetarmistice ne pouvait être profitable qu’aux ennemis. Il leur permettait de serallier et de rectifier la mauvaise position où ils s’étaient jetés; il arrêtaitl’élan de notre marche victorieuse; il aggravait le sort de nos garnisons blo-quées, et que nous étions sur le point de secourir; il donnait enfin aux Russes et aux Prussiens le temps d’appeler à eux de nombreux renforts et de nou-veaux alliés. Cependant, bien que contraire à la France par ces divers motifs,Napoléon était si désireux de la paix, qu’il l’accorda comme y étant un ache-minement.

L’Empereur, toutefois, ne s’endormit point sur sa longanimité. Sachant àquels ennemis il avait affaire, il fit tous ses préparatifs pour être prêt à re-prendre avantageusement la campagne si les négociations qui allaient s’en-tamer lui semblaient conclues d’une façon nuisible aux intérêts de l’empirefrançais .

Napoléon se livra à Dresde à toutes les études de prévoyance que motivaientses trop justes défiances. Il fit mettre en état de défense la ligne de l’Elbe ; uncamp retranché fut établi à Pyrna, de façon à fermer les débouchés de laBohême. Il compléta enfin, sur une vaste échelle, la défense de Dresde , des-tinée, dans ses plans, à devenir le centre de ses opérations. « Dresde , disait-ilà ses généraux, est le pivot sur lequel je veux manœuvrer pour faire face àtoutes les attaques. Depuis Berlin jusqu’à Prague , l’ennemi se développe surune circonférence dont j’occupe le centre; les moindres communications s’al-longent pour lui de tous les cantons qu’il doit suivre, et moi, en quelquesmarches, je puis arriver partout où ma présence et mes réserves sont néces-saires. »

Aux défiances exprimées par quelques-uns de ses plus vieux généraux, re-lativement à la hardiesse de la position choisie, Napoléon ajoutait :

« Vous craignez que je ne sois aventuré, si l’ennemi vient se placer entremes lignes fortifiées de l’Elbe et du Rhin ; mais, s’il a cette audace, j’entre alorsen Bohême, et c’est moi qui le prends de revers. Rappelez-vous Arcole, Ma-rengo, Austerlitz et Wagram... N’étais-je pas alors dans des positions plus ha-sardées? C’est dans les plaines de la Saxe que le sort de l’Allemagne doit main-tenant se décider. Je vous le répète, la position que je prends m’offre deschances telles, que l’ennemi, vainqueur dans dix batailles, pourrait à peineme ramener sur le Rhin ; tandis qu’une seule bataille gagnée me suffit pourrentrer dans ses capitales, débloquer les places de l’Oder et de la Vistule , etforcer enfin les alliés à la paix. »

Cependant l’Autriche n’avançait point dans son rôle de médiatrice, et sonenvoyé, le comte de Bubna, faisait comme à plaisir naître des difficultés auxpropositions des plénipotentiaires français. Napoléon crut pouvoir s’en plain-dre à son beau-père François, vieillard qui possédait, cette justice lui est due ;un fonds de loyauté qui déroutait parfois les traditions de son cabinet. Le princede Metternich , comprenant bien que la comédie ne pourrait pas trop attarderson dénoûment, prit le parti d’aller lui-même trouver Napoléon , afin de mettre