ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 383
au service de sa ruse tout le prestige de sa personne. L’Empereur le reçut enlui prouvant qu’il était déjà pénétré. « Si vous voulez la paix, qu’attendez-vous? Nous avons déjà perdu un mois, et votre médiation devient hostile àforce d’être inactive... 11 ne vous convient pas, dites-vous, de garantir l’inté-grité de l’empire français ; si vous me l’aviez déclaré plus tôt, j’aurais été àtemps de modifier mes plans, peut-être ne serais-je pas entré en campagne...Vous m’avez laissé m’épuiser par de nouveaux efforts... Mais la victoire vientde les couronner, ces efforts... Soudain vous me parlez d’armistice et de mé-diation. puis, tout s’embrouille. Sans vous la paix serait faite aujour-d’hui.»
L’Empereur continua assez longtemps sur ce ton vif et amer. Le prince deMetternich se défendit à l’aide de tout l’arsenal des phrases diplomatiques. Onpourrait résumer ses réponses à ceci : à savoir que l’Autriche voulait établirun ordre de choses qui, par une sage répartition de forces, plaçât la garantiede la paix sous l’égide d’une association d’États indépendants.
Au fait, ce que voulait secrètement l’Autriche, c’était l’Italie , comme laRussie voulait la Pologne, comme la Suède voulait la Norwége , comme laPrusse voulait la Saxe, comme enfin l’Angleterre convoitait la Hollande et laBelgique; en un mot, chacun rêvait le démembrement de l’empire français ,chacun songeait à nous refouler derrière le Rhin, les Pyrénées et les Alpes ,et contraindre la France à capituler. Et c’est au moment où nos drapeaux flot-taient encore aux bouches de la Vistule et sur les rives de l’Oder , quand nousarrivions vainqueurs aux portes de Berlin et deBreslau, quand enfin la France
disposait encore de plus de 300,000 hommes.Assurément, il était insensé
de croire que l’Empereur, dans les conditions militaires où il venait de se re-placer, consentît à la moindre transaction, et, pour lui arracher une lieue deterrain, il fallait recourir aux seules armes.
Le prince de Metternich proposa un congrès à Prague . Il fut accepté. Le ducde Vicence fut désigné par l’Empereur pour l’y représenter. Les prétentionsformulées par les puissances étaient ce que Napoléon avait prévu : révoltanteset inacceptables. Les principales exigences portaient sur l’abandon des pro-vinces illyriennes à l’Autriche, avec une frontière ouverte sur l’Italie , le grand-duché de Varsovie , la renonciation de l’Empereur au protectorat de la confé-dération du Rhin, à la médiation de la confédération suisse , et à la possessionde la 32 e division militaire, du département de la Hollande. Tant d’exigencesn’avaient évidemment pour but que d’indigner Napoléon , de le pousser à toutrejeter, et pouvoir ainsi, par une alliance immédiate contre lui, obtenir plusencore de la puissance des armes réunies. L’Empereur se montra infinimentplus accommodant qu’on n’eût été tenté de le supposer. Ainsi, il concéda lesprovinces d’Illyrie bornées sur l’Italie par l’Izonzo, ainsi que le grand-duchéde Varsovie , et fit abandon de ses titres de protecteur et de médiateur des peu-ples qui tenaient pour lui. Mais il se montra d’abord moins facile relativementà la Hollande et aux villes anséatiques; pourtant il finit par en consentir aussila remise, une fois la paix définitivement conclue, désirant jusque-là s’en faire