ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 389
des murs crénelés. Prises à revers par celui des redoutes, les colonnes autri-chiennes reculent épouvantées. Leurs pièces sont abandonnées, quand leurscanonniers ne sont pas massacrés sur leurs affûts, et cette irruption s’est ré-pétée à chaque porte de la ville, d’où des sorties simultanées nous firent enun clin d’œil reprendre l’offensive. Nous reprîmes toutes les positions quel’ennemi avait déjà réussi à conquérir. L’Empereur, à la tête de la cavalerie,parcourut la plaine au milieu d’une grêle de mitraille et de boulets qui abat-taient à ses côtés ses aides-de-camp. Sa présence causa sur toute la ligne unesensation électrique. Sclnvartzemberg était stupéfait et éperdu. La présence del’Empereur à Dresde lui semblait un rêve, rêve terrible, qui changeait sa fa-cile victoire en une sanglante défaite. Il rallia de son mieux son armée, àl’abri de ses batteries qui, continuant leur feu jusqu’au soir, protégèrent laretraite des coalisés se réfugiant en désordre sur les collines. L’ennemi perdait,dans cette première journée, en outre de plus de .2,000 prisonniers, 4,000hommes tués ou blessés. Notre perte fut aussi assez sensible; elle s’éleva à en-viron 3,000 hommes, et cinq généraux : Gros, Boyeldieu, Combelles, Dumoustieret Tyndall , tous de la garde, étaient parmi les blessés. Si l'Empereur ne fut niblessé ni tué, la chose peut être considérée comme un miracle.
Le lendemain de cette journée au dénoûment si imprévu, l’Empereur pritses dispositions pour attaquer l’ennemi sur ses hauteurs. Les coalisés comp-taient 70,000 hommes de plus que nous, et devaient espérer une revanche.Les 2 e et 6 e corps de cavalerie nous rejoignirent, ce qui améliora les plans deNapoléon . L’aile droite fut confiée à Murat, qui venait de rejoindre l’Empereur.La gauche, commandée par le maréchal Ney, et le centre par sa Majesté enpersonne, constituaient un des plus forts commandements de nos batailles.Les coalisés s’avouaient-ils en secret que la présence de Napoléon , à cheval aumilieu des boulets, valait leurs 70,000 hommes d’avantage numérique? On nesait! mais toujours est-il que Schwartzeinberg ne parut jamais aussi sombre àson état-major, la veille si sûr de son fait, qu’on y parlait beaucoup de Paris .L’armée combinée se partagea dans les positions qu’elle prit, entre les collinessur lesquelles elle s’était réfugiée la veille et la plaine où nous étions déve-loppés.
L’Empereur reconnut, le 27 de grand matin, que la gauche ennemiene touchait point à l’Elbe ; afin de l’empêcher de s’y appuyer, il précipita surce point une attaque de tirailleurs; peu à peu la canonnade s’engagea surtoute la ligne, et, à neuf heures, l’Empereur donna l’ordre d’attaque générale,malgré une pluie fort gênante qui prit bientôt les proportions d’un déluge etdétrempa tout le terrain; pourtant l’ardeur de nos soldats n’en fut point ra-lentie. Partout l’ennemi nous reçut avec résolution. Notre centre immobile vitses ailes se développer pour contourner l’ennemi. La réserve était formée dela vieille garde, l’héroïne de la veille. L’Empereur, impétueux et insouciantde ses dangers, était partout.
Une circonstance singulière est celle-ci; le doigt de la Providence y sembleempreint. Une de nos batteries s’était tue, faute à ses coups de porter. L’Em-