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HISTOIRE DE L’ARMÉEpereur s’en aperçoit, et lui ordonne de reprendre son feu, afin de faire diver-sion chez l’ennemi, trop sur la défensive ailleurs. A la première salve, on peutreconnaître qu’une grande agitation se manifeste sur la hauteur occupée parles alliés. Sans doute, un des principaux chefs de l’armée coalisée a été
frappé.mais lequel (1)? On ne tarda point à reconnaître que ce n’était ni
Schwartzemberg ni aucun des princes alliés. La Providence voulut que celuiqu’un boulet français alla ainsi renverser au milieu de l’état-major russe,
fût un de nos illustres traîtres, le vainqueur de Hohenlinden .
Sur la droite, le canon témoignait de l’avantage que prenait notre cavaleriesous le roi de Naples. L’Empereur se porta de sa personne sur la gauche, afind’en diriger les mouvements correspondants. Le centre soutenait le fort de labataille. L’Empereur trouva le duc de Trévise qui rejetait l’ennemi sur la routede Dohna . Content de notre attitude sur ce point, il revint au centre. L’ailegauche ennemie commençait à se voir écrasée par le général Latour-MaubourgetleducdeBellune,nonmoinsheureux que l’était Murat contre leur aile droite.Cedernier s’était avancé sur la route de Frezberg jusqu’à Grumbach, où il avaitcoupé l’avant-garde de Klenau. Le roi de Naples avait pris une part de soldatà ce mouvement tout à fait opportun et décisif. Le sabre à la main, remar-quable par sa stature et l’éclat théâtral de son costume (2), il avait fonducomme un lion sur les carrés autrichiens mis en déroute. Le terrain, toutbaigné de pluie, était plus défavorable à l’ennemi qu’à nos soldats, attenduqu’il avait à se soutenir sur la déclivité des collines où la cavalerie ne futd’aucun usage, de sorte que des colonnes entières se rendirent prisonnières
(1) Une circonstance singulière vint le faire deviner. Après le bataille, on trouva à Hottnitzun chien qui avait été perdu par le général qu’avait blessé la décharge ordonnée par Napo-léon , et sur le collier de ce chien on lut : J’appartiens au général Moreau. Bientôt après oneut la preuve que c'était en effet Moreau qui, revenu récemment d’Amérique , accompagnaitl’empereur Alexandre à titre de conseil. Il venait de communiquer à Alexandre quelques obser-vations lorsqu’un boulet lui fracassa les deux jambes, qu’il fallut ensuite couper. 11 ne survécutpoint aux suites de cette double opération. Étrange coïncidence! c’est l’homme qu’il a trahi,qui ordonne par hasard à une batterie muette de tirer... et le boulet qui tue le traître est,pour ainsi dire, lancé par la main même de Napoléon 1 —Moreau fut enterré dans une église deSaint-Pétersbourg .
(2) « Murat attirait l’attention, dit un historien allemand , et fixait tous les regards par sa taille,par son costume brillant et par les riches harnais de son cheval. Sa figure, ses beaux yeux bleus, sesgros favoris, ses cheveux noirs bouclés qui tombaient sur le collet d’un kurtka (habit polonais)dont les manches étroites avaient une ouverture au-dessus de l’épaule, excitaient l’attention.Le collet de son habit était richement brodé en or; l'habit était serré par une ceinture doréeà laquelle pendait un sabre léger, à lame droite, à la manière des anciens Romains, sans tran-che ni garde. Ce prince portait ordinairement un pantalon large, couleur amarante, dont lescoutures étaient brodées en or, et des bottines de peau jaune ou de nankin. L’éclat de ce cos-tume était encore rehaussé par un grand chapeau garni de plumes blanches, avec une largebordure d’or, et un grand plumet composé de quatre grandes plumes d’autruche retombantes, aumilieu desquelles s’élevait une magnifique aigrette de héron. La selle et les étriers dorés étaientde forme hongroise ou turque. Le cheval était couvert d’une housse traînante, bleu de ciel,richement brodée en or; la bride était magnifique. »