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HISTOIRE DE L’ARMÉE
plus avantageux avec une ligne de 100,000 hommes contre trois corps de33,000 hommes, qu’avec une masse de 40,000 hommes contre trois armées de120,000 hommes. D’abord, la difficulté des vivres devient extrême avec desarmées aussi énormes, surtout dès qu’on réussit à les concentrer dans un es-pace étroit. Ensuite, il est plus aisé de manœuvrer contre des fractions de30,000 hommes et de se porter des coups mortels, qu’il ne l’est d’entamer120,000 combattants. Plus les masses sont grandes, plus l’action du génie estsoumise au caprice des accidents, et plus les événements secondaires ont deréaction.
« Malgré ces vérités, ce n’était pas le système qui péchait, mais bien les me-sures d’exécution. Pouvais-je prévoir que Macdonald s’exposerait à un reverssanglant, en agissant en sens contraire de mes instructions? Peut-être eussé-je mieux fait de l’attirer derrière la Queiss, à l’instant même où la questionallait se décider à Dresde . Oui, je le crois, il eût été plus sage d’attendre l’issuede la bataille pour attaquer Blücher; car, si nous avions été vaincus à Dresde ,tout succès en Silésie aurait été éphémère, pour ne pas dire calamiteux.
« On peut appliquer les mêmes reproches aux opérations d’Oudinot et deNey contre le prince de Suède . En un mot, il aurait fallu frapper au point dé-cisif, avec la masse de nos forces que j’aurais conduites en personne, et resteren observation, sur la défensive, partout où je ne serais pas. La première con-séquence de ce système eût été de faire replier Macdonald sur Gœrlitz , quandje marchais vers Dresde , ce qui m’eût permis d’emmener le 3 e corps avec moisur l’Elbe , et d’y frapper à coup sûr avec des forces plus considérables, soitsur Prague, soit sur Dresde . Si je déviai de ces maximes, c’était dans l’espoir dediminuer les chances défavorables résultant de mon infériorité en nombre,prenant partout l’initiative, et le non-succès de la campagne dépendit proba-blement d’un excès de confiance puisé dans l’application d’une règle si incon-testable. Il en eût été autrement si j’avais pu me multiplier, car j’aurais biensu remédier, par de bonnes manœuvres, à une infériorité locale momentanée.Frédéric avait triomphé à Leuthen contre des forces triples; Macdonald nepouvait-il pas lutter avec 80,000 hommes contre 95,000?
« Au fait, ce qui m’a le plus manqué dans cette campagne, ce sont deuxlieutenants qui entendissent bien la grande guerre. Je n’étais sûr de rien làoù je ne me trouvais pas en personne. Si jamais j’eus lieu d’éprouver que monsystème d’état-major était vicieux, ce fut dans ces opérations mémorables.
« J’aurais eu mauvaise grâce d’attendre de mes lieutenants tout ce que j’au-rais pu faire moi-même; cela était impossible. Arbitre des réputations commegrand capitaine, maître de la fortune de mes officiers comme souverain, jetenais en mes mains les deux grands mobiles qui dominent les hommes. Dèsque je paraissais sur un point, la confiance, l’enthousiasme, l’ambition, lacrainte, toutes ces passions se réunissaient autour de moi; mes subordonnésleur déguisaient ou aplanissaient toutes les difficultés et leur faisaient opérerdes prodiges. Mes lieutenants, au contraire, rencontraient partout des riva-