Band 
Tome troisième.
Seite
400
JPEG-Download
 

400

HISTOIRE DE L’ARMÉEblait replier ses colonnes, tandis que la seule artillerie soutenait encore l’ac-tion. L’Empereur, opposant ses batteries à ce feu, ce fut comme un immenseduel au canon. Douze des pièces de la garde furent démontées sur le pointmême où l’Empereur étudiait témérairement la situation. Lorsque vint la nuit,les deux armées ennemies se trouvaient dans les mêmes positions que le ma-tin, et l’armée française avait victorieusement repoussé quatre armées d'unchiffre écrasant, dont aucune n’avait réussi à entamer ses positions!

Un témoin oculaire, dont à coup sûr l’opinion ne saurait être soupçonnée departialité en notre faveur, un Anglais , sir Robert Wilson, commissaire britan-nique, écrivit à son gouvernement à propos de cette bataille : « Malgré la dé-fection de l’armée saxonne au milieu du combat, malgré le courage ardent etpersévérant des troupes alliées, on ne put enlever aux Français un seul desvillages qu’ils s’étaient proposé de conserver comme essentiels à leur posi-tion. La nuit termina l’action, laissant aux défenseurs de Probstheyda la gloired’avoir inspiré à leurs ennemis une généreuse envie. »

Le soir, retiré dans sa tente, où il dictait des ordres, l’Empereur apprit toutà coup une fatale nouvelle : les munitions manquaient. On avait tiré danscette seule seconde journée quatre-vingt-quinze mille coups de canon, et depuiscinq jours plus de 2-20 mille. Les réserves ne contenaient plus qu’environ46 mille coups de canon : deux heures de combat à peine! Les dépôts les plusvoisins de réapprovisionnement étaient Erfurlh et Magdebourg .

Il n’y avait, devant cette fatale nouvelle, qu’un seul parti à prendre: la re-traite. L’Empereur, abattu, en donna les ordres immédiats. Le soir même ilse retira dans la ville de Leipsick. Là, il appela auprès de lui les ducs de Bas-sano et de Vicence , et, en l’absence de ses secrétaires déjà partis avec leséquipages à Lindenau , il leur dicta tous ses ordres. Par un jeu du hasard, l’au-berge où l’Empereur passa ainsi la nuit avait pour enseigne : Aux armes dePrusse.

La retraite commença immédiatement. Elle débuta par les corps des maré-chaux Augereau et Victor, tandis que le prince de la Moskowa se repliait parles faubourgs de l’est. Les corps Macdonald, Lauriston et Poniatowsky. destinésà former l’arrière-garde, rentrèrent à Leipsick, où se trouvaient déjà ceux deNey et de Marmont. Tout y fut disposé pour une résistance opiniâtre en casd’attaque. Au reste, l’Empereur voulait à tout prix éviter à Leipsick les souf-frances, et parfois aussi les horreurs d’un siège; aussi permit-il aux magistratsde faire remettre une supplique au prince de Schvartzemberg. On s’imagine,du reste, quelle fut la joie des alliés, qui, durant les journées précédentes,avaient perdu 60,000 hommes, lorsqu’ils comprirent que, par des motifs en-core inconnus, l’empereur Napoléon n’accepterait pas un troisième combat, etcommençait la retraite. Le vieux roi de Saxe envoya de ses officiers aux sou-verains alliés, et des parlementaires passèrent des faubourgs de Leipsick auxavant-postes ennemis. Ces divers messagers rencontrèrent les souverains alliésaccourant de Roda, où ils s’étaient réfugiés, et brûlant de faire leur entrée dansla ville. Ils ne voulurent donc rien entendre. Napoléon , voyant que tous ses