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HISTOIRE DE L’ARMÉE
dats aguerris, sauraient bien, sous la protection de leurs forteresses et d’unfleuve, se faire jour à travers un ennemi formé de recrues et de landwehrs.«Si d’Eckmuld et Gouvion Saint-Cyr, instruits des événements, s’entendent,ils sont sauvés; 80,000 Français passent partout! » Ajoutons qu’avant de quit-ter Erfurth, l’Empereur usa de tous les moyens imaginables, de toutes lesruses qui sont des ressources de la guerre, agents secrets, espions, pour faireinstruire ces deux chefs des événements accomplis et du parti énergique quileur restait à prendre.
Murat avait, comme Bernadotte , reçu des souverains alliés des propositionsdont le résumé était la promesse de voir garantie sa couronne sur sa tête, s’ilentrait dans la coalition. Par un odieux raffinement de vengeance, le ministredirigeant de l’Autriche s’efforcait tout particulièrement à chercher des traîtresdans la famille même du gendre de son maître. L’Angleterre était ardente àtoutes ces machinations. On fut plus heureux auprès de Joachim qu’auprèsdu vieux roi de Saxe. Murat créa un prétexte de levées à faire dans ses États,et partit laissant l’Empereur ébranlé dans sa foi sur une fidélité mise en sus-picion depuis son départ de Posen . Deux considérations empêchèrent l’Empe-reur de retenir son beau-frère : d’abord la crainte de fournir aux Anglais l’oc-casion de restaurer le roi Ferdinand, et ensuite l’espoir que sa sœur Caroline,qui avait beaucoup de pouvoir sur l’esprit de son mari, le remettrait dans ledroit chemin. Murat partit.
Une nouvelle défection eût pour date le passage de l’armée à Erfurth. Cefut celle des Bavarois, qui s’étaient mis en marche sur Wurtzbourg , en com-pagnie des Autrichiens, pour inquiéter notre retraite. Cette réunion donnaitaux coalisés une augmentation de forces d’environ 60,000 hommes, placéssous le commandement du général Wrède. Ce général vint s’établir à Hanau ,pour coupera l’armée française le passage de la vallée du Mein. Ce fut unemesquine parodie de la Bérésina. Ce fait donna à l’Empereur l’occasion d’ac-complir un de ces actes de grandeur qui glorifient les défaites et ennoblissentle vaincu. On rappelle à Napoléon que quelques compagnies bavaroises ser-vent encore dans les rangs français . 11 dicte à un secrétaire la lettre suivantepour l’officier qui commande ces frères des traîtres : « Le roi votre maître,monsieur, méconnaissant ce que l’Empereur a fait pour lui, passe au rang desennemis de la France . Dans de pareilles circonstances, les troupes bavaroisesqui se trouvent à l’armée devraient être désarmées et faites prisonnières deguerre; mais cela serait contraire à la confiance que l’Empereur veut que lestroupes sous ses ordres aient en lui... En conséquence, monsieur, l’intention del’Empereur est que vous réunissiez votre bataillon; vous vous ferez donner desmagasins quatre jours de vivres, et vous partirez d’ici pour vous retirer chezvous. »
L’armée française quitta Erfurth le 25 octobre. Il n’y avait plus un jour àperdre, car l’ennemi activait ses mouvemens pour entraver, attaquer notreretraite. Nous avions Blücher sur notre flanc gauche; Bubna nous suivait ets’emparait de nos traînards, ce qui donnait à ceux-ci une salutaire émulation,