4U HISTOIRE DE L’ARMÉE
ébranlée par son centre, n’ayant pour retraite qu’une grande route obstruéeet des défilés étroits à travers une forêt, est menacée d’un affreux désastre;déjà elle hésite dans ses mouvements. Il est huit heures, et tout annonce auxFrançais qu’ils ont gagné la bataille... lorsque les Prussiens viennent la leurarracher (1) ! »
Mais, gloire stérile, inutiles efforts d’un héroïque désespoir! Blücher survient;Blücher , avec 30,000 Prussiens, arrive sur la droite de notre ligne ! En vainle général Duhesme s’élance avec la jeune garde au-devant de ce secours fatalqui sauvera un ennemi vaincu... il doit se replier devant le nombre, car les30,000 Prussiens n’arrivent que successivement. L’Empereur, qui comprendque la victoire va lui échapper, veut tenter sur le centre des Anglais un effortdésespéré. Il avait encore quatre bataillons de la garde qui n’avaient pas donné...Il s’élance en avant, ayant à ses côtés le maréchal Ney, les généraux Friant,le comte Michel et Poret de Morveau ; mais le général en chef ennemi sait déjàque Blücher est là : il a repris courage... il comprend qu’un autre peut sub-stituer une victoire in extremis à la défaite que, malgré les incroyables avan-tages de ses positions fortifiées et des masses de toutes nations qu’il commande,il dut bien plus tard avouer qu’il croyait avoir essuyée. Mais un feu si ardentnous mitraille que les blessés tombent par centaines, et on croit aux extrémitésque la garde faiblit... Non! elle tombe : c’est tout. Nos ailes inquiètes cher-chent à se rapprocher du centre. Les Anglais , qui se savent enfin renforcéspar des troupes fraîches, sortent de leurs positions, réunissent leurs mas-ses, en écrasent nos soldats exténués, et le ravin si glorieusement conquisquelques heures auparavant devient le tombeau de la moitié de la garde!
Ney fit de sa personne des prodiges de valeur désespérés. En ce moment, ileut un troisième cheval tué sous lui. A dater de cet instant, l’épée au poing, ilsoutint à pied la retraite. Le général Friant fut blessé; le général comte Michel,qui commandait, sous les ordres de Ney, le 1 er régiment des chasseurs à pied.dela vieille garde, fut tué en chargeant vaillamment àla tête d’un carré des siens.Il est irréfragablement acquis aujourd’hui à la mémoire de ce brave que cefut de sa bouche, et non de celle de Cambronne, que sortirent, dans ce mo-ment solennel, où pour la première fois la garde semblait vaincue, ces sublimesparoles dignes de tenir place à côté des mots de Léonidas aux Thermopyles (2) :La garde meurt et ne se rend pas! Cet élan d’une âme vraiment française seraitsa légitime épitaphe, si le brave général Michel avait un tombeau (3).
(1) Un officier général anglais , dans une relation qu’il a faite de cette bataille, s’exprimeainsi : « Les charges de notre cavalerie contribuèrent à rétablir nos affaires au moment diffi-cile où les Français avaient atteint le sommet de notre position el'où tout était perdu. » Le gé-néral en chef, dans son rapport, s’exprime ainsi : « Je dois rendre justice à l'armée prussienneen attribuant l'heureux résultat de cette terrible journée au secours qu'elle a donné àpropos*. »
(2) Allons souper chesPlutonl
(3) Il y a quelques années, la ville de Nantes , fière, à juste titre, d’avoir donné naissance àCambronne, voulut, élevant une statue à ce brave, graver sur le piédestal la célèbre phrase qui