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freuses traces de guerre et de dévastation; des têtes de soldats fendues ou per-cées de balles et enfoncées dans la boue, des casques, des insignes brillants,des débris d’armes, des quantités innombrables de -fourreaux, de ceinturons;des sayons d’uniformes, des souliers, des gibernes, des papiers de toutes sortesôtés des poches des morts par ceux qui les avaient dépouillés... Tout cela s’é-tendait, s'éparpillait à sept ou huit milles de la Haie-Sainte; on en trouvaitjusqu’aux portes de Bruxelles.
Mais c’est assez nous arrêter sur ce funèbre tableau. Un dernier mot dres-sera le bilan des pertes qui étaient enfouies dans ce vaste sépulcre : blesséset morts de toutes les nations, i00,000 hommes; — 10,000 chevaux; — 300pièces de canon démontées, brisées, — et tout l’encombrement enfin que pré-sente le matériel de trois armées 1
Cette journée commencée avec tant d’éclat, et qui se termina d’une façonplus funeste à la France que ne le furent jamais les batailles de Poitiers et. d’Azincourt , laissait, accablé par les rigueurs de la fortune, l’homme qui y avaitprésidé [sans faute militaire à se reprocher; il fut perdu par celles de ses lieu-tenants. On a voulu accuser l’Empereur d’avoir combattu en masses trop pro-fondes, système condamné en face du feu meurtrier de l’infanterie et de l’ar-tillerie anglaises. On voit cependant que vers les premières heures du soir, etmalgré l’immense infériorité du nombre, il était maître du champ de bataille,et qu’il n’eût fait que compléter sa victoire, si ses ordres pour retenir lesPrussiens avaient été mieux interprétés. Grouchy a affirmé n’avoir point vul’officier que l’Empereur lui expédia pour le faire rallier, sans plus s’occuperdésormais de Blücher qu’il ne le fit de l’archiduc Jean lorsqu’à Wagram ilappela à lui Eugène. Grouchy toutefois peut être accusé d’avoir manqué d’ini-tiative; s’il avait écouté l’excellent conseil du général Gérard, l’armée, laFrance étaient sauvées! Mais il arriva là quelque chose d’à peu près semblableàce qui provoqua un autre grand désastre : Trafalgar, où s’abîma notre marine.Grouchy ne se souvint pas assez de la conduite de Ney à Eylau, conduite quinous donna la victoire.
L’Empereur rentra à Paris le 21 juin. Il y trouva la chambre des représen-tants hostilement disposée. Comme autrefois la Convention nationale , elle sedéclara en permanence; mais la Convention, si elle fit descendre du trône leroi Louis XVI , sut du moins vaincre la coalition : la chambre des représen-tants ne sut que punir Napoléon d’avoir été vaincu. Il accepta sa sentence parl’adresse suivante au peuple :
« En commençant la guerre pour l’indépendance nationale, je comptais surla réunion de tous les efforts, de toutes les volontés et sur le concours de toutesles autorités nationales. J’étais fondé à espérer le succès, et j’avais bravé toutesles déclarations des puissances contre moi. Les circonstances me paraissentchangées. Je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France . Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations, et n’en avoir voulu sérieusement qu’àma personne ! Ma vie politique est terminée, et je proclame mon fils, sous letitre de Napoléon II, empereur des Français . Les ministres actuels formerontin. 57