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HISTOIRE DE L’ARMÉE
moins lieu de croire qu’après le refus des sauf-conduits demandés au gouver-nement anglais , ces ordres, désormais sans motif apparent, et qui, s’ils serattachaient à quelque machination secrète, devaient avoir produit leur effet,furent révoqués, et qu’il fut décidé de laisser Napoléon partir de telle manièrequ’il lui paraîtrait possible... Mais il était trop tard!
Mais n’était-ce pas chose tout au moins singulière que de demander dessauf-conduits dont le refus était immanquable? N’était-ce pas avertir les An-glais et comme leur dire : Il est là... prenez-le!... ou plutôt, pour nous épar-gner l’odieux de vous l’avoir livré, bornez-vous à lui fermer les issues, et nousle placerons ainsi dans la nécessité de se livrer lui-même...
Au nombre des prévisions qui résultaient du départ de Napoléon , était cellede le voir se rendre, avec une apparence de bonne volonté, à bord des bâti-ments de la croisière anglaise; et en la mentionnant, à l’arrivée à Niort , legénéral Becker s’était exprimé ainsi : « Cette fâcheuse et triste nécessité estpréférable à un mal pire, et qui serait bien plus funeste à la cause et à l’hon-neur français (1).» Les dispositions prises à Rochefort avaient dû être baséessur ces diverses éventualités. Pour cela, on avait tenu prêts : 1° les deux fré-gates, dans le cas, disait-on, peu probable où les circonstances permet-traient qu’elles pussent partir; 2° un aviso-mouche (le n° 24) pour prévoirla possibilité qu’un très-petit bâtiment trompât les croiseurs anglais ; 3° enfin,le brick l'Épervier, si l’Empereur se décidait à se rendre, couvert des cou-leurs parlementaires, soit dans un port d’Angleterre, soit à bord des bâtimentsde la croisière ennemie.
Mais nous devons ajouter qu’on avait agi de telle sorte que toutes les chancesfavorables aux deux premières tentatives étaient devenues impossibles, defaçon que le choix lui était offert lorsqu’il n’y avait plus qu’une issue pra-ticable ! Ainsi, tout semble venir à l’appui de l’opinion que Napoléon fut vic-time d’une sorte de guet-apens, au prix duquel certains hommes espéraientrentrer en grâce devant les nouveaux maîtres du pays.
Napoléon est placé, par la ruse de ses ennemis, dans une position qui ne luilaisse de refuge que la grandeur et la noblesse avec lesquelles un tel caractèresait sortir des crises les plus désastreuses. Il feint d’être dupe des apparences,et, renfermant dans son cœur une trop juste indignation, il use du seul partiqui lui soit offert. Le général Bertrand et M. de Las Cases sont donc chargés,au nom de l’Empereur, d’entrer en négociation avec le commandant de lastation anglaise. A la suite de divers pourparlers, le commandant anglais ,auquel dès la première conférence était échappée cette insinuation remarqua-ble : « Pourquoi ne pas demander un asile à l’Angleterre?» l’officier anglais ,
(1) M. de Las Cases , en rendant compte de ce qui se passa à la Malmaison lors de l’arrivéedu général Becker, dont Fouché avait fait choix parce qu’il savait que cet officiel général avaitpersonnellement à se plaindre de l’Empereur, dit : « Il (Becker) nous a dit avec une sorte d’in-dignation avoir reçu la mission de garder l’Empereur et de le surveiller; » et dans un autre pas-sage : « Ce général ne cessa de lui montrer un respect qui honore son caractère. »