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HISTOIRE DE L’ARMÉE
tonton approuvant la liante prudence du chef militaire qui se refusait àdisséminer ses bataillons, ne pouvaient s’empêcher de s'apercevoir de l’in-suftisancc évidente des troupes. Où étaient les vingt mille hommes de lignedans les casernes de Paris ? les quinze mille hommes des garnisons circon-voisines? les vingt mille hommes de l’armée des Alpes, sollicités commeréserve depuis treize jours par Lamartine? Le général Cavaignac a parfaite-ment justifié depuis que le nombre des troupes de ligne dans Paris étaitconforme au nombre fixé par le gouvernement; mais, dans ce premier mo-ment de confusion, où les exigences de la guerre sur une telle surfaceabsorbaient et engloutissaient les bataillons, les régiments paraissaientfondre sous les mains. Le camp sous Paris n’était pas même en marche. Lesgarnisons voisines ne pouvaient pas être en si peu d’heures aux barrières,les nécessités prévues la veille n’avaient pas paru assez graves au comman-dant-général pour qu’il eût appelé encore à lui les soldats du rayon de Paris .On avait compté sur la garde nationale que le rappel incessant ne parvenaitpas à faire sortir en niasse de ses maisons, ou que la sédition emprisonnaitdans ses quartiers. En résumé, il faut l’avouer, soit fatalité, soit lenteur,l’armée était loin de paraître répondre par sa masse à l’imminence et à l’uni-versalité du danger. Sa faiblesse numérique allait aggraver ce danger.
«Duvivier contint le cœur de Paris , à l’Hôtel-de-Villo. Damesmeet Lamo-ricière se multiplièrent et firent des prodiges de résolution et de mouvementavec les poignées de soldats dont ils disposaient. A quatre heures du soir Da-mesine avait déblayé et reconquis toute la rive gauche de la Seine, et tenaiten respect la population, insurgée en masse, du quartier du Panthéon ; sesrapports arrivés d’heure en heure au gouvernement répondaient de la nuitet du lendemain.
« Lamoricière occupait, invincible quoique cerné par 200 mille hommes,toute la surface qui s’étend de la rue du Temple à la Madeleine, et de Clichy au Louvre. Sans cesse à cheval, volant de sa personne au premier coup defeu, deux chevaux déjà tués sous lui, le visage noirci de poudre, le frontruisselant de sueur, la voix rauque et brisée par le commandement, l’œilfier et serein du soldat qui respire au milieu de son élément natal, il rendaitl’élan à ses soldats, la confiance aux gardes nationaux consternés. Ses rap-ports respiraient l’intrépidité de son âme, mais il ne se dissimulait pas soninsuffisance de troupes, rimmensité des assaillants, le prolongement desbarricades entre la Bastille et le Château-d’Eau, entre les barrières et leboulevart. Il implorait des renforts que le gouvernement ne cessait d’appe-ler par le télégraphe et par les officiers d’ordonnance. Les gardes nationauxde la banlieue commençaient à arriver par détachements; à la voix des géné-raux, ils se rangeaient autour de l’Assemblée et se mêlaient aux gardes na-tionaux de Paris , auxquels ils donnaient l’exemple. Dès que le gouvernementvit arriver ces gardes nationaux de la campagne autour de Paris , il eut lesentiment de la victoire au milieu même des transes du combat.
« Le général Cavaignac parut tranquillisé sur le résultat définitif de l’évé-