DES CHINOIS. 135
Sc suppléer aux faits par des prodiges & des choses extraordi-naires. II ne l’a pas fait, & a commencé ses Annales ex abruptopar le régné de Hoang-ti. Nous ne sommes pas assez injustespour refuser à sa droiture & à sa sincérité la louange qu’ellesméritent ; mais elles ne nous éblouissent pas. Nous y voyons aucontraire, avec nos plus célébrés Critiques, beaucoup d’art &de finesse. Comment cela ? C’est que pour peu qu’il eût vouluse laisser entraîner par le torrent de la mode & aller plus haut,il se seroit ôté le pouvoir de peindre Hoang-ti en grand, & demettre son Trône aussi haut qu’il le falloit pour contenter lavanité, ou plutôt la politique des Han, qui vouloient descendrede ce Prince, pour avoir le droit d’être ses successeurs, & deprofiter de toutes les usurpations tyranniques de Tsin-chi-hoang,qui avoit anéanti notre droit public. Nous n’insisterons pasfur les raisons qui appuient ce soupçon : le Lecteur doit en sen-tir la solidité, pour peu qu’il se rappelle ce que nous avons ditplus haut de la position critique des Lettrés, de la vogue qu’a-voit la secte des Tao-sée , & des fables dont on offusquoit lespeuples, pour leur ôter jusqu’au sentiment de leur misere. Nousnous contenterons d’obferver que Sée-ma-tsien etoit à la Cour,que Vou-ty , par Tordre duquel il compofoit son histoire , etoitun Empereur victorieux, conquérant & despotique, un maîtreimpérieux, jaloux & soupçonneux , & un bel esprit entêté desrêveries des Tao-sée, (dont Hoang-ti est le patriarche,) jusqu’àfaire elever une tour , sur laquelle un génie de grandeur gigan-tesque tenoit en Pair, le bras tendu, un grand bassin d’or pourrecevoir la rosée du ciel, avec laquelle on pétrissoit la pous-sière impalpable de perles, de saphirs & de diamans qui com-postât le breuvage de Timmortalité. D’ailleurs ce Prince, quiavoit reculé toutes les frontières de TEmpire, & recevoir destributs des peuples les plus éloignés, avoit ouvert les ports deChine, & laissoit venir les étrange r s jusques dans fa Capitale,