HISTOIRE ABREGEE
6y6
—- - Enfin je vis les chronomètres d’Emery et d’Arnold, les hygromètres de
1788. M. de Luc, et beaucoup d’autres objets curieux pour les sciences.
Je fus témoin du zèle que le roi d’Angleterre avait pour l’astronomie. Ilme dit que c’était lui qui avait voulu que llerschel portât son télescope jusqu’àquarante pieds; et comme je lui faisais des remercimens pour les astronomes,il me fit cette réponse édifiante : Ne vaut-il pas 7 nieux employer son argent à celaqu’à faire tuer des hommes !
Je terminerai la notice de 1788 par la vie de M. m ' Lepaute , que nousperdîmes le 6 décembre. Cette perte était moins grande pour l’astronomieque pour moi : mais on pardonnera bien ce petit hors-d’œuvre à la sensibi-lité de l’auteur; ce sera une consolation pour moi, et un objet d’émulationpour un sexe que nous avons intérêt d’associer à nos travaux ; témoin ceuxde miss Herschel , de M. mc de la Lande, &c.
Non hoc præcipuinn amicorum munus est prosequi defunctumignavo questu. TACIT.
Le devoir d’un ami n’est pas d’honorer par de stériles larmesla mémoire de celui qu’il a perdu.
M. me Lepaute mérite d’être citée parmi le petit nombre des femmes d’espritqui donnent l’exemple à leur sexe par l’émulation et le goût des sciencesabstraites.
Nicole-Reine Étable de la Brière naquit, le 5 janvier 172.3 , à Paris , dans lepalais du Luxembourg , où demeurait son père, qui avait été attaché à la reined’Espagne, Elisabeth d’Orléans, veuve de Louis qui fut roi d’Espagne en 1707,pendant sept mois. Cette princesse mourut au Luxembourg le 16 juin 1742.
M. roc Lepaute se distinguait, dès son enfance, par son esprit. Une de sessœurs, encore enfant, disait, Je suis la plus blanche; l’autre lui répondait,Et moi la plus d’esprit : elle l’avait entendu de ceux qui l’environnaient, mêmeavant de savoir en quoi consistait cet avantage qui devait l’élever un jour,non au-dessus du reste de sa famille, mais au-dessus de la plupart des femmes.
Dès sa première jeunesse , elle dévorait les livres ; elle passait les nuits àdes lectures, et se distinguait dans la société autant par son esprit que par savivacité et par ses grâces.
Elle fut raisonnable de très-bonne heure ; et quand il fut question de lamarier, à l’âge de seize ans, son premier choix tomba sur un homme res-pectable , dont la disproportion d’âge était si grande, que, quoique sensibleaux grâces et au mérite de cette jeune personne, il ne crut pas devoir accepterle présent qui lui était offert.
Elle épousa, le 27 août 1748, M. Lepaute l’aîné, qui commençait à sefaire connaître, qui a été ensuite horloger du roi, et qui a fait, avec son frère,les plus grandes et les plus belles horloges que nous ayons. Ce frère cadet afait, en 1786, la superbe horloge de l’hôtel-de-ville de Paris , estimée prèsde cent mille francs.