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Tome second.
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— Qu’a l'ait Cliicard?— Ce qu’il a fait? C’est sou bal, l’un des plus beaux monu-ments épiques qu’on ait mis en action, ce bal dont un seul quadrille sufliraitpour faire la réputation d'un homme, ce temple destiné a protéger éternellementle carnaval français , comme le Panthéon ne protège pas la mémoire des grandshommes.

Beaucoup de personnes parlent donc du bal Cliicard, mais seulement par ouïdire, sans impression oculaire. C’est tout simple, n’est pas admis qui veut dans cebal qui a son genre d’aristocratie, ou de franc-maçonnerie, si l’on aime mieux. Lebal Cliicard a ses rites, ses règlements, ses préceptes qu’il faut connaître d’avance,sous peine de se voir excommunié et voué a Musard. C’est une cérémonie religieuse,un culte, une adoration. D’ailleurs une invitation est de toute nécessité, et c’est Chi-card qui se charge lui-même d’en rédiger les termes. Feuilletonnistes, vaudevillistes,caricaturistes littéraires, vous parlez de style, de verve, d’entrechat la plume à lamain, lisez les lettres Cliicard, et dites si tout l’esprit qui s’imprime n’est pasvaincu par ce style, par cette verve, par cet entrechat? — Dites, si de pareils para-graphes ne méritent pas toutes les reliures, dorures, ciselures et illustrations denotre éditeur. Cliicard n’écrit pas, il danse; vous le voyez s’élancer, bondir à tra-vers ses phrases. Heureux les gens qu’il honore de ses invitations, et surtout de sesépîtres, c’est a les boire comme de l’aï frappé, tant elles moussent et pétillent.Quand vous avez une pareille lettre qui vous valse dans la poche, restez chez vous sivous pouvez, le jour anniversaire du bal Cliicard.

C’est dans le plus vaste salon des Vendanges de Bourgogne qu’a lieu ce balvéritablement cyclopéen. Le choix le plus sévère préside aux oripeaux et àl’extérieur des invités. Toute personne qui se présenterait sous un costume dé-claré banal ou épicier, tel que Jean de Paris, turc, arbalétrier du temps de Henri 111,jardinier rococo, ou Zampa, serait sévèrement éconduite comme funambule. C’esttout au plus si le Itobert-Macaire pur et simple est admis. Les gants jaunes sont to-lérés, mais sont généralement mal vus. Du reste, les lettres que Cliicard vous adressevous mettent en quelques calembours, que la saison nous permettrait à peine de rap-porter, parfaitement au courant de vos devoirs.

On rencontre a ce bal le plus curieux pêle-mêle de nuances sociales, de contrastesdéguisés, les têtes les plus graves de publicistes, euebevêtrées avec ce que lalittérature et les ateliers produisent de plus échevelé. La, plus de numéro d’ordre,plus de catégories, de conditions; tout est nivelé, fondu dans l’immense tourbillondes coslumes et des quadrilles. Sans nommer aucun masque, qu’il nous suffise dedire que les gens les mieux posés assistent régulièrement aux bals Cliicard ; c’estchez eux une tradition, un article de foi, un pèlerinage irrésistible, tant on ytrouve chaque année de nouvelles créations, d’imbroglios imprévus, de physionomiesinédites.

Mais comment décrire l’ensemble de cette réunion vraiment unique qui feraitpâlir les nuits les plus vénitiennes, les orgies les plus seizième siècle. Imaginez desmyriades de voix, de cris, de chants; des épithètes qui volent comme des traitsd’un bout de la salle a l’autre, des ovations, des trépignements, un pandémonium