CHAPITRE V.
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qui lui était commandée. Car quelques personnages poli-tiques soupçonnaientBernadotte d'avoir nourri long-tempsdes espérances ambitieuses; ils croyaient qu'en le tirantd'un camp pour le placer sur un trône étranger, la fortunelui avait enflé le cœur au point de lui faire rêver la cou-ronne de France . La chute des Bourbons était une cata-strophe dont il pouvait essayer de tirer parti. En eut-il lapensée? Nous l'ignorons. En tout cas, les événementsdevaient marcher plus vite que son désir.
Il y avait deux gouvernements militaires dans Paris .Auquel des deux allait rester le pouvoir? Tout espoir deconciliation était alors chimérique. On avait envoyé auxdifférents postes l’ordre de cesser le feu; cet ordre n'étaitpoint parvenu. Les fourriers des compagnies postées surla place du Carrousel avaient été chargés de copier la pro-clamation du maréchal, et l'avaient copiée en effet, lesuns sur leurs genoux, les autres sur des tambours ; maisla fusillade n’en continuait pas moins devant la colonnadedu Louvre et ailleurs avec une extrême vivacité. Un moiset demidesolde fut alloué à chaque militaire, et la distri-bution, que rendait possible la proximité du trésor, se fità l'instant même sur la place du Carrousel. On braquaune pièce de huit à l'entrée de la rue de Rohan. Enfin, dessoldats du 6" de la garde, établis dans les maisons quiavoisinent le Palais-Royal, s’y préparèrent à soutenir l'as-saut, car la masse des assaillants grossissait, le mugisse-ment de la ville s’étendait de plus en plus, et, dans la rueRichelieu, les barricades, se rapprochant des soldats avecune rapidité surprenante, devenaient des tranchées d'at-taque.
L'audace des chefs royalistes ne répondait ni au carac-