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Tome premier.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

tère menaçant (les mesures prises, ni à la gravité du péril.Le due de Ragusc refusa formellement aux artilleursl'autorisation de mettre le feu à la pièce de la rue deRohan, et un jeune olïicier du 6' de la garde étant venu luidemander de lancer quelques boulets sur le quai Voltaire :

« Eh! Monsieur, répondit le maréchal avec colère, vous« voulez donc détruire cette ville de fond en comble ! »Quant aux dignitaires du royaume, aux pairs de France »ils n'étaient occupés en ce moment qu'à se lamenter surleur position compromise, sur leurs biens jetés en pâtureà la populace, sur leurs tètes menacées peut-être! Lepeuple était déchaîné : comment le contenir? Et ils mau-dissaient à lenvi M. de Polignac. Possesseurs d'une fortunecomposée des débris de quatre révolutions, heureux pen-dant quinze ans dans un pays dont leur bonheur résumaitles calamités, ils s'étaient attachés à la royauté absoluepar calcul, non par conviction. Cela même leur avait per-mis une prévoyance dont M. de Polignac nétait pointcapable, parce quil était désintéressé comme tous lesfanatiques, et loyal dans son aveuglement.

« Nous l'avions bien prédit, se disaient l'un à lautre<i tous ces grands personnages. 11 fallait endormir la bête<c féroce : on la irritée. Nous voilà sur les bords dun< gouffre. Et pourquoi ? parce qu'on a repoussé nos sages" conseils; parce que la Cour, dominée par l'ascendant« fatal d'un insensé, na pas su modérer le mouvement« de la contre-révolution. Quallons-nous devenir? Qui« sait si le retrait des ordonnances ne suffirait point pour« calmer le peuple? serait notre salut. »

Le grand référendaire de la Cour des pairs, M. de-monville, partit donc du Luxembourg pour se rendre à