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Tome premier.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

des piques ou des baïonnettes, et quelques ouvriers em-portèrent chez eux, pour tout trophée, des lambeaux detoile peinte. Dans la salle des maréchaux, les vainqueurscouchèrent en joue certains portraits qui rappelaient dessouvenirs de trahison, mais plus d'une tète se découvritavec respect devant celui de Macdonald, que la fortuneeroôlante de son bienfaiteur avait trouvé fidèle en 1814.Un grand nombre d'ouvriers s'étant installés dans la salledu trône, chacun d'eux sassit sur le trône à son tour,puis on y plaça un cadavre.

Cette prise de possession présenta, pendant quelquesheures, un inconcevable mélange d'héroïsme et d'insou-ciance, de bouffonnerie et de grandeur. On vit des hommesdu peuple passer sur leur chemise ensanglantée des robesà fleurs qui avaient serré la taille des princesses. Ils sepromenaient dans cet accoutrement bizarre, raillant ainsileur propre victoire, entre leur misère de la veille et leurmisère du lendemain.

Mais le bruit s'étant répandu que les portes du [.ouvreet des Tuileries étaient ouvertes à tout le monde, deshommes de conditions diverses y accoururent. Dans cepêle-mêle, beaucoup de vols élégants furent commis. Lesobjets qui ont disparu et n'ont pas été retrouvés, étaienten général des livres rares, des éditions de luxe, de chastespantoufiles, une foule de bagatelles charmantes, tout cequi est de nature à tenter la cupidité des âmes délicates.A part cela, peu de dégâts eurent lieu. L'homme richeallait à l'homme pauvre, et lui disait : « Mon ami, tu as« un fusil, veille sur ces armoires splendides. C'est« bien, répondait l'homme pauvre. » Et il se serait faittuer plutôt que de manquer à cette consigne. Un jeune