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Tome deuxième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

franchie; le divan était arraché à la domination mystiquedes ulémas, mais, dans les traités de 1815, le Cabinet deSaint-Pétersbourg avait fait rayer le nom de laTurouie,comme celui d'un royaume à partager. LesTurcsportaientun costume européen et faisaient rexerciceàleuropéenne,mais, déjà vassale de celte civilisation dont elle semblaitn'avoir adopté les traditions que pour en subir la souve-raineté, Constantinople entendait les Russes frapper à sesportes. Mahmoud n'était plus que le chef tout-puissantd'un empire réduit à l'impuissance. Des efforts prodigieuxn'avaient pu le conduire qu'à régner en dictateur sur desruines faites par lui-même.

La Russie touchait donc au but de son ambition, quiétait grande, car elle ne se bornait pas à la conquête dela Turquie . Faire de la mer Noire un lac intérieur, tenir enéchec dans la Méditerranée les flottes de lAngleterre et dela France , dominer lAdriatique , ranger sous sa dépen-dance lÉgypte , la Grèce et les îles, se frayer enfin uneroute jusqu'aux possessions anglaises de lInde , voilà leplan gigantesque que la Russie avait tracé; et, pour leréaliser, qu'avait-elle à faire? Occuper le détroit des Dar­ danelles .

Dailleurs, la possession du Bosphore lui était indispen-sable pour compléter son système de défense. Protégée,au nord, contre ses ennemis, par la longueur des chemins,les neiges et le désert, elle n'avait qu'un point vulnérableau midi. Or, pour toucher à ce point, placé au centre deses possessions, ne fallait-il pas traverser le détroit des Dardanelles ? Que ce détroit lui appartint, cen était assezpour qu'elle fût inattaquable. Présente partout, et partoutinaccessible, elle pressait alors de toutes parts lEurope -