CHAPITRE I.
1
occidentale sans pouvoir être elle-même directement me-nacée ou atteinte. L'occupation du Bosphore , pour elle,c'était l’empire du monde.
Aussi n’avait-elle cessé, depuis soixante ans, de fixerses regards sur ce point de la carte. Conduite sur lesbords de la mer Noire , en 1774, par le traité de Kaï-narjé; mise en possession du Kouban et de la Krimée , en1774, par le traité de Constantinople ; maîtresse, en 1812,par la paix de Buckarest, des rives du Prutli et de la Bes sarabie , elle venait de couronner, par le traité d’Andri-nople, toutes ses victoires diplomatiques, lorsqu'éclata larévolution de juillet.
En vertu du traité d’Andrinople , la Russie acquérait ledelta formé par les embouchures du Danube , plusieurs po-sitions militaires et deux cents lieues de côtes: elle isolaitde la Porte les principautés, par l’établissement d’unequarantaine ; elle s’assurait le droit d'intervenir adminis-trativement dans les affaires de la Turquie ; elle imposaità ses ennemis un tribut onéreux ; et, comme gage dupaiement, elle se faisait livrer la forteresse de Silistrie .
On dut comprendre enfin pourquoi le Cabinet de Saint-Pétersbourg avait encouragé l'insurrection des Crées, ex-cité le sentimentalisme religieux et philosophique des libé-raux de l'Occident , et provoqué contre la sublime Portel'excommunication diplomatique si niaisement formuléedans le traité du 6 juillet par la France et l’Angleterre.Le guet-apens de Navarin portait ses fruits. La Russie en recueillait les bénéfices ; ses alliés, trompés par elle,en partageaient la honte.
Le traité d’Andrinople , cependant, ne produisit pas enEurope la sensation qu'il devait produire.