CHAPITRE XI.
■'(15
venait de suspendre ses paiements, lorsqu'elle les reprittout-à-coup, M. Gisquet ayant rapporté de Londres unprojet de marché qui semblait devoir relever sa fortune.Mais les rumeurs devinrent bien plus menaçantes encore,quand on apprit que les fusils achetés si cher étaient demauvaise qualité 5 qu'ils étaient d’un usage fort incom-mode et très-lourds ; enfin, que le travail des pièces acces-soires y était moins perfectionné que dans les fusils de nosfabriques 1 .
Le ministre de la guerre avait, il est vrai, institué unecommission composée de douze officiers d’artillerie pourvérifier, à Calais , les armes venues d’Angleterre, et cettecommission remplit ses devoirs avec une loyale sévérité.Mais sur les deux cent mille fusils livrés par M. Gisquet,cent dix mille avaient été fournis par les fabricants, etquatre-vingt-dix mille provenaient de la Tour de Londres .Or, diverses circonstances faisaient penser que les fusilsde la dernière espèce, et c’étaient les plus mauvais, n’a-vaient été soumis à aucun examen 2 .
11 y avait dans tout cela un ensemble de présomptions
1 M. Gisquet reconnaît lui-méme ceci dans ses Mémoires ( tome I,p. 1SG).
2 On lit en marge d’un rapport adressé au maréchal Soult par les officiersd’artillerie : » Il sera nécessaire d’éprouver tous les canons des fusils, sansa exception, qui ne proviendront pas de la Tour de Londres . »
Et M. Gisquet, voulant prouver dans ses Mémoires que la vérifications’est faite avec sévérité, dit (tome I, page 185) : x En définitive, sur lesa cent dix mille fusils fournis par les fabricants, trente-cinq mille avaient« été mis à l’écart pour des réparations ou améliorations jugées néces-« saires. »
Pourquoi M. Gisquet ne parle-t-il ici que des cent dix mille fusilsfournis par les fabricants? Les quatre-vingt-dix mille provenant de-là Tour de Londres ont-ils été examinés?