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HISTOIRE DE DIX ANS.
santés du peuple, et son mécontentement, exalté par l’or-gueil d'une récente victoire, la France plus que jamaishumiliée. l'Europe enfin rendue intraitable par l'excèsmême des concessions, tout semblait encourager le partivaincu à ressaisir le gouvernement de la société, de nou-veau livré aux hasards. Ce parti était riche d'ailleurs, etsoutenu par les prêtres, sans parler de l’appui que pro-mettaient à son audace les fanatiques du Midi, l’épée desgentilshommes de l'Ouest, et les paysans de la Vendée ,race indomptable et fidèle.
Mais les légitimistes n'avaient pas de chefs.
M. de Chateaubriand était tombé dans un dégoût morteldes hommes et de son siècle. En proie à cette exaltationfébrile et à ce vide éternel du cœur, maladie des organisa-tions d'élite, il en était venu à trouver pesant le fardeau■de sa destinée, si enviée pourtant et si glorieuse. Il nousa été donné souvent de le voir dans cette dernière phasede sa vie, et nous avons été frappé, surtout, de ce qu’il vavait en lui de mélancolique et de souffrant. Son regardétait d'une bienveillance amère. Il souriait avec peine etavait le sourire triste. Sa voix émue et profonde annonçaitune âme troublée, et ses discours étaient pleins de décou-ragement. Rien n’existait plus, en effet, de ce qui avaitété pour lui un désir, un espoir ou une croyance; et,après le grand naufrage auquel il avait survécu, il cher-chait en vain dans ce qui n'avait pas encore succombé, unaliment à son enthousiasme ou des inspirations pour songénie. La noblesse détruite, la monarchie abaissée, lareligion flétrie, la liberté perdue, ne laissaient que désen-chantement dans son existence de chevalier, de gentil-homme et de poète. Des spectacles éclatants, des affections