CHAPITRE I.
ils ne pouvaient lui pardonner la presse défendue et la ré-volution de juillet admirée. Ainsi, on reprochait à unhomme dont l'imagination était portée au merveilleux,dont la nature était riche et complexe, dont l’àme s'ou-vrait aisément à toutes les nobles impressions, de n'êtrepas resté insensible aux fascinations de la gloire et auxpompes de la liberté! Mais, encore une fois, les partis ontleur despotisme qu’on ne brave pas impunément; il faut,pour les conduire, au défaut d’une ambition servile, unfanatisme ignorant et aveugle. Si on cherche à les éclairer,on les éloigne; si on leur demande d’être justes, on leurdevient suspect; si on les sert malgré eux, on les irrite.Telles étaient les causes générales qui reléguaient M. deChateaubriand dans une oisiveté nécessaire. Triste siècle(jue celui où l'on est forcé d'expliquer le silence du génieet l’impuissance de la force!
Quant à M. Berner, quel parti ne se serait glorifié del'avoir pour chef? Une nature à la fois expansive et atti-rante; une activité infatigable; une pénétration sans pa-reille; une facilité singulière à se plier aux situations lesplus embarrassantes; un esprit plein de ressources etd'expédients; une séduction de langage et de manièresqui désarmait les inimitiés les plus violentes... que d’élé-ments de succès! Jamais, d’ailleurs, il n’était arrivé à unhomme de commander à ce point aux émotions d’uneassemblée et d'exercer plus complètement la magie de laparole. Orateur, M. Berryer rappela plus d'une fois Mira-beau. Et pourtant, M. Berryer ne pouvait rien pour leparti légitimiste auquel appartenait son talent : d'abord,parce que sa foi dans l'avenir des monarchies n’était pasbien vive; ensuite parce que c'était à un sentiment et à