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HISTOIRE DE DIX ANS.
tions diverses d’un même principe : trois fonctions et nonpas trois Pouvoirs. Oui, l’unité dans le Pouvoir : tout estlà, s'il est organisé conformément aux notions de la pru-dence et de la justice, tout : le mouvement, l’ordre, ladurée. Établir un Pouvoir multiple, c’est organiser l’a-narchie, c’est réglementer le chaos. »
Voilà ce qui aurait dû être dit. La discussion était doncbien incomplète ; mais en lui donnant toute l'importancequ’elle méritait, peut-être avait-on craint de fournir àl’esprit d’examen des armes trop redoutables. Et, parexemple, ceux qui demandaient avec tant d’ardeur l’abo-lition de l’hérédité dans l’ordre politique avaient-ils com-pris qu'au nom des mêmes principes, on leur demanderaitun jour l'abolition de l’hérédité dans l’ordre social? Carquel argument employer contre la transmission des fonc-tions publiques, qui nesoit applicable à celle de la richesse,dans un pays où la richesse donne exclusivement droitaux plus hautes fonctions, et où l’on n'est député quelorsqu’on est riche ?
l)e toutes ces conséquences hardies, aucune ne fut sé-rieusement pesée par des législateurs qui étaient, avanttout, des hommes de parti. La Chambre des députés votadonc, à la majorité de 386 voix contre 40, l’abolition del’hérédité de la pairie et le système de la nomination despairs par le roi sur une liste légale de notables et defonctionnaires. La bourgeoisie fut satisfaite. Mais sa ruineétait cachée dans son triomphe.
Bientôt il ne fut plus permis à personne d’ignorercombien étaient graves les embarras de la situation. Pouracquérir force de loi, la décision que la Chambre des dé-putés venait de prendre avait besoin d’être promulguée.