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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

t.i

plus injustes mépris. Ceux qu’ils enrichissaient feignaientde les regarder comme une race inférieure et avilie ;l'horrible tribut que levaient sur leur jeunesse et sur leursanté l'habitation malsaine et les fatigues excessives del'atelier, ne faisait que fournir une arme nouvelle audédain, et la désignation injurieuse de canuls résumaittoutes lesformes de leur malheur. Quelles penséesdevaientoccuper la veille ardente de ces proscrits de la civilisationmoderne, lorsque, souvent, au milieu de la nuit, à lalueur d’une lampe brûlant dans un réduit infect, leursmétiers battaient pour l’oisif paisiblement endormi? Etcependant, leur révolte devait naître, non de leur volonté,mais de la fatalité des circonstances, comme si la misèretrouvait en elle-même son aliment et le principe de sadurée!

Pour se faire une idée juste du drame sanglant que nousallons écrire, il faut bien connaître l’organisation de lafabrique lyonnaise. Elle était en 1831 ce qu’elle est encoreaujourd'hui. L'industrie des soieries occupait de trente àquarante mille ouvriers compagnons. Au-dessus de cetteclasse vivant au jour le jour, n’ayant ni capital, ni crédit,ni résidence fixe, se trouvait celle des chefs d'atelier, dontle nombre s’élevait à huit ou dix mille, et qui, proprié-taires chacun de quatre ou cinq métiers, employaient lescompagnons pourvus par eux des instruments de travail,moyennant la retenue de la moitié du salaire payé par lefabricant. Les fabricants, au nombre de huit cents envi-ron, formaient une troisième classe, placée entre les chefsd’atelier et ceux qui, sous le nom de commissionnaires,étaient chargés de fournir la matière première, agentsparasites, et véritables sangsues de l'industrie lyonnaise.