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Tome troisième.
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CHAPITRE II.

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barricades se forment dans chaque rue, élevées par la maindes enfants et des femmes; deux pièces de canon appar-tenant à la garde nationale de la Croix-Rousse sont aupouvoir des insurgés, qui se mettent en marche sur Lyon ,précédés par des tambours, et déployant dans les airs undrapeau noir avec ces mots profonds, touchants et sinis-tres : Vivre en travaillant ou mourir en combattant! 11était près de onze heures. M. Bouvier-Dumolard s'étaitrendu à l'Hôtel-de-Yille, situé sur la place des Terreaux,non loin du quartier des Capucins. On y apporte le lieu-tenant-général ltoguet, que ses souffrances empêchaientde marcher. « Général , lui dit le préfet avec véhémence,« je vous somme de faire délivrer des cartouches.Vous« navez point dordres à me donner, répond le comte« Roguet, je sais ce que jai à faire. »

A onze heures et demie les cartouches furent distri-buées, et le préfet parut avec le général Ordonneau à latête dune colonne composée de gardes nationaux et detroupes de ligne. Déjà une forte barricade avait été élevéeà lextrémité supérieure de la GrandCôte. La colonnecommandée par le préfet et le général Ordonneau se mità gravir cette montée, qui est très-rapide et que bordentdes maisons occupées toutes par des ouvriers. Tout-à-coup une grêle de tuiles, de pierres et de balles tombesur la colonne; le préfet est atteint par un caillou ; plu-sieurs hommes sont frappés autour de lui, et la colonnerecule. La garde nationale de la Croix-Rousse sétait réu-nie aux ouvriers. Deux officiers demandent à parlementeravec le préfet. Il les suit, franchit avec eux la barricadeet monte au balcon de la mairie de la Croix-Rousse pourharanguer le peuple rassemblé tumultueusement sous les