CHAPITRE II.
66
une carabine, en disant : « Vous avez combattu en juillet« pour la cause du peuple ; eh bien ! vous combattrez« encore aujourd'hui pour cette cause. » Michel-AngePérier prend vivement la carabine et répond : « Oui, mes« amis, encore aujourd’hui je défendrai la cause du peu-« pie ; c’est la vôtre, c’est la mienne, c'est celle de tous.« Vive la république! » Vive la république ! répétèrentavec force un grand nombre de voix. Et le cortège se miten marche vers l'Hôtel-de-Ville.
Ainsi, par la nature môme des choses, la politique avaitpris place dans l’insurrection, qui, à partir de ce moment,présenta un double caractère. Mais , pour renverser unPouvoir qui avait ses racines dans la bourgeoisie, toutepuissante alors, il eût fallu des idées, machines de guerreplus formidables que les canons.
Arrivé au coin de la rue Neuve, la colonne partie de laplace des Célestins se trouva face à face avec un détache-ment de la ligne, stationné sur la place du Plâtre . Le che-min le plus court pour arriver à l'Hûtel-de-Vilie était larue Sirène; mais s’y engager, c’était provoquer un affreuxcarnage. Michel-Ange Périer s’avança vers l'officier quicommandait le détachement, et revenant vers les siens, ilmonta sur une barricade et les engagea énergiquement àéviter une effusion de sang-inutile. La colonne prit alorsla rue Neuve et alla déboucher sur le quai de Retz. Des' balles pleuvaient sur elle de chaque fenêtre ; des dragonsarrivaient au grand galop. Ils furent reçus à coups defusil ; mais la colonne s’étant rompue pour leur ouvrirpassage, plusieurs de ceux qui la composaient se précipi-tèrent en désordre dans une petite promenade plantéed’arbres, et séparée du quai par un parapet. On combattit
5
lit.