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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

sur ce point et tout le long du Rhône avec un acharne-ment extrême. Du pont Morand où il s’était placé, unnègre, nommé Stanislas, abattait un dragon ou un artil-leur presqu'à chaque coup qu'il tirait, et sa joie éclataitaussitôt en gestes expressifs et en cris sauvages. Un coupde feu renversa Michel-Ange Périer au moment où, sur lequai, et un genou en terre, il ajustait un garde nationalposté à une fenêtre. Péclet, son ami, reçut deux ballesdans le bras. On les emporta tout sanglants. L’insur-rection perdait en eux les seuls hommes qui pussent,au moins pour quelques jours, lui imprimer une directionpolitique.

Déjà, du reste, la victoire se déclarait partout pour lesouvriers. La plupart des gardes nationaux sur qui les fa-bricants avaient compté se retiraient frappés de découra-gement et de stupeur. Quant aux soldats de ligne, ilsopposaient aux insurgés une résistance molle et indécise.Encore tout pleins des souvenirs de 1830, ils mettaient enusage contre les libéraux les leçons que les libéraux leuravaient données. On avait dit aux soldats en 1830 queverser le sang des citoyens était le plus grand des crimes ;on avait battu des mains à la défection du 50 e de ligne ,le 29 juillet. Les soldats en 1831 pouvaient-ils avoir ou-blié tout cela ? Ils pensèrent qtie si le peuple parisien avaiteu raison de se soulever en 1830 pour le maintien d’uneCharte qui ne le regardait pas , le peuple lyonnais avaitbien plus raison encore de se soulever en 1831 pour lemaintien d’un tarif qui l’empêchait de mourir de faim.Aussi la cause des ouvriers trouva-t-elle dans les troupeselles-mêmes une sympathie secrète qui favorisa le triom-phe de l’insurrection.