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HISTOIRE DE DIX ANS.
Saint-Simon fit alors appel aux artistes. Mais cette fois,reprenant toutes les idées que jusque-là il avait émisessuccessivement et isolément, il les rassembla, les coor-donna, et en fit, sous le nom de nouveau christianisme, laconception dont il devait léguer à quelques disciples aimésl’éclatant et laborienx héritage.
Jésus-Christ avait dit aux hommes r aimez-vous les unsles autres comme des frères. Précepte admirable et tou-chant, mais formulé d'une manière vague, ainsi qu’il con-venait à une époque où l’humanité se divisait en maîtreset en esclaves. L’esclavage détruit en partie, la pensée duChrist devait, suivant Saint-Simon, se traduire par cettebelle et généreuse formule : l’amélioration physique etmorale la plus rapide possible du sort de la classe la plusnombreuse et la plus pauvre. C’étaitdonc pour réaliser cebut qu’un pouvoir spirituel avait été institué, qu’il y avaiteu dans le monde un vicaire du Christ, un Pape.
Mais pour faire prévaloir sa sublime doctrine, le Christavait dû ménager César, qui possédait la force. Voilà pour-quoi il avait dit : « Mon royaume n'est pas de ce monde.u Rendez à César ce qui appartient à César. » Ainsi étaitné du sein même de la régénération chrétienne ce granddualisme qui caractérise l'histoire du moyen-âge : le pou-voir spirituel et le pouvoir temporel, l'Église et l'État, lePape et l’Empereur. La direction des intérêts matériels del’humanité s’était trouvée de la sorte en dehors des attri-butions de l’Église. Aussi l’avait-on vue resserrer dans lecercle des disputes théologiques l’exercicedu pouvoir spi-rituel qui lui était confié, consacrant toutes les ressourcesde sa science à l’analyse de dogmes sans application ma-térielle possible, négligeant toutle côté physique de l’amé-