CHAPITRE ni.
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faire alors des idiots? Que faire des infirmes? Que fairedu vieillard frappé d’une incurable impuissance? Les lais-ser mourir de faim? Il le faut, si on affirme que la so-ciété ne doit à ceux qui la composent qu’en raison de cequ’elle reçoit d’eux. La logique saint-simonienne étaitdonc homicide?... Non, elle était seulement inconsé-quente. Car elle admettait des hospices pour les incapa-bles et Bicêtre pour les fous. Prétendre qu’il est convena-ble qu’un homme s’adjuge, en vertu de sa supérioritéintellectuelle, une plus large part des biens terrestres,c’est s’interdire le droit de maudire l’homme fort qui, auxépoques de barbarie, asservissait les hommes faibles envertu de sa supériorité physique : c’est tout simplementtransformer la tyrannie. Les saint-simoniens, il est vrai,posaient en principe qu’il est bon de stimuler le talentpar la récompense, et c'était dans l’utilité sociale qu'ilscroyaient puiser la justification de leur formule. Maisest-il nécessaire que la récompense soit matérielle, qu’elles’évalue en richesses? 11 est pour l’homme, grâce au ciel,d’autres et de plus énergiques mobiles. Avec un morceaude ruban qu’il promettait d’attacher à la boutonnière desplus braves, Napoléon a fait voler au-devant de la mortune armée d’un million d'hommes. Le mot gloire, bienou mal compris, a fait à l’univers ses destinées. Parquelle fatalité désastreuse, ce qui a suffi lorsqu'il s’agis-sait de détruire, ne suffirait-il pas, quand c’est de pro-duire qu’il s’agit? Est-ce que les grands hommes n'ontpas toujours cherché et trouvé leur principale récompensedans l’exercice même de leurs hautes facultés? Si la sociétéeût voulu récompenser dignement Newton, elle y eût étéimpuissante : il n’v avait pour Newton d’autre récom-