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HISTOIRE DE DIX ANS.
dée sur l’amour ; en demandant que l'industrie fût orga-nisée régulièrement et qu'elle établit son empire sur lesruines d’un régime de désordre et de guerre, les saint-simoniens montraient une intelligence parfaite des loisqui, dans l’avenir, doivent régir l'humanité. Mais ils ren-versaient d’une main l’édifice qu'ils élevaient de l’autre,dans cette formule fameuse : A chacun suivant sa capa-cité, à chaque capacité suivant ses œuvres. Formule équi-table et sage en apparence, mais en réalité subversive etinique ! 1
Que l’inégalité, mère de la tyrannie, se produise dansle monde, au nom des succès de l’esprit ou bien au nomdes victoires de la force, qu’importe? Dans l’un et l’autrecas, la charité disparaît, l’égoïsme triomphe, et le prin-cipe de la fraternité humaine est foulé aux pieds. Exa-minez la famille : le père, dans le partage des fruits qu’ildistribue à ses enfants, prend-il en considération la diffé-rence des services qu’ils rendent ou celle des besoinsqu’ils éprouvent? Lui-mème, lui qui porte tout le far-deau de l’association domestique, ne retranche-t-il pasvolontiers de ses jouissances pour satisfaire les exigencesd’un fils malade, pour accroître le bien-être d’un fils igno-rant et débile? Voilà la charité en action. Que l'Etat semodèle sur la famille. Hors de là il n’y a que violences etinjustice. Rétribuer chacun selon sa capacité? Eh, que
1 Nous devons dire ici que, parmi les saint-simoniens, quelques-unsentendaient la formule que nous critiquons, en ce sens que* le plus ca-* pable doit être le plus haut placé dans la hiérarchie » ce qui est souve-rainement raisonnable. Mais la formule exprime davantage ; elle exprimeque « le plus capable doit aussi être le mieux rétribué. • Or, c’est le sens leplus étendu qui a prévalu et dans l’école et dans son organe officiel, leGlobe.