CHAPITRE III.
115
malgré le scepticisme dont ils étaient entourés, maladieaccidentelle dont il n’y avait pas lieu de s’étonner dansune époque critique, l’humanité marchait à un avenirreligieux, dont le panthéisme devait être l’âme.
Après cette profession de foi, Bazard voulutse recueillir,mais il n’était plus temps : Enfantin était là, logicienpressant, inexorable. Puisque l’humanité avait un avenirreligieux, s’occuper de cet avenir était un devoir. Or,quelle avait été à cet égard la pensée de Saint-Simon?Bazard ne pouvait l’ignorer, l’ayant exposée lui-même etéveloppée. Oui, suivant les écrits de Bazard lui-même,le christianisme avait adopté, avec les dogmes du péchéoriginel, de la chute des anges, du paradis et de l’enfer,l'antique théorie de la lutte de deux principes : le bien etle mal. Et Bazard n’avait pas nié que le principe du malle christianisme ne l’eût vu dans la matière, comme ledémontraient surabondamment, et la préférence accordéeau célibat sur le mariage, et l’ordre donné aux hommesde mortifier leur chair, et le peu de soin que l’Église avaitmis à diriger l’activité matérielle de l’humanité, et cedogme fameux : « La souffrance est sainte. » Voilà cequ’Enfantin rappelait à Bazard, et il le sommait de tirertoutes les conséquences de cette déclaration qui leur étaitcommune : « L'aspect le plus frappant, le plus neuf, sinon« le plus important, du progrès que l’humanité est au-« jourd'hui appelée à faire, consiste dans la réhabilita-« tion de la .matière, mode de l’existence universelle que« le christianisme a frappé de sa réprobation. »
D’après Enfantin, ces conséquences étaient : que lesartistes, comme interprètes du principe amour , devaientservir de lien entre les savants et les industriels, et exercer