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HISTOIRE DE DIX ANS.
étaient fidèles, les discussions durèrent des jours entiers,des nuits entières, sans interruption, sans distraction,sans repos. Il arriva quelquefois à des jeunes gens moinscapables que leurs compagnons de résister à ces luttesdévorantes, de chanceler et de s’évanouir : on enlevait lescorps sans que pour cela la discussion s’arrêtât. Un jour,M. Cazeaux eut une heure d’extase, et se mit à prophé-tiser. Un autre jour, M. Olinde Rodrigues fut commefrappé d’apoplexie, parce que, demandant à chacun desmembres s’il n’était pas vrai que l’Esprit-Saint fût en lui,Rodrigues, M. Leynaud ne lui avait répondu que par desparoles d’incrédulité ; la crise fut extrêmement violente,et le docteur Fuster, pour sauver le malade, dut recourirà une rétractation formelle de M. Reynaud, que cet acci-dent avait rempli d’affliction et d’inquiétude. Tel est,même sur des hommes d’un esprit sérieux, d’une intelli-gence saine et élevée, le bizarre pouvoir des croyancesarrivées à un certain degré d’exaltation; et Ton peut ju-ger par la singularité de ces phénomènes, de la puissancedu mouvement que le saint-simonisme avait créé.
Quoique le secret des débats qui agitaient le Collège fûtbien gardé, il était impossible que le reste de la famillen’en reçût pas indirectement l'impression. A la démarcheaffaissée des membres du Collège, à leur visage qui por-taitl’empreinte des longues insomnies, à leurs lèvres déco-lorées, au désordre de leur langage, au mystère dont ilss’entouraient, les membres du deuxième degré avaientcompris qu’un drame terrible se jouait; l’anxiété était de-venue générale. Mais quel terme à ces divisions?
On essaya d’une combinaison hiérarchique qui auraitempêché les deux chefs de se rencontrer à chaque instant