CHAPITRE IV.
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nue par lui, il se rendait aussitôt, car chez lui l'amourdu progrès était irrésistible et la modestie pleine de cou-rage. Incapable, toutefois, d'immoler à un vain désir depopularité ce qu'il y avait de modéré dans ses opinions etd'un peu aristocratique dans ses allures, son ascendantsur son parti n’était que celui d’un esprit altier, d’untalent reconnu et loyal. Il possédait au plus haut pointle commandement ; il passionnait ses amis : c’était uncaractère. A ses ennemis il inspirait une crainte mêlée deconfiance-, ils sentaient qu’au jour d’une réaction prévue,leur sauvegarde serait dans la modération de cet hommeet dans sa générosité impérieuse. De fait, les systèmesde violences lui répugnaient; les théories américaines luiplaisaient par tout ce qu’elles accordent à la liberté indi-viduelle et à la dignité de la nature humaine. Il fut long-temps girondin par sentiment ; et il lui en coûta beau-coup pour s’incliner devant la majesté de cette dictaturerévolutionnaire, l’effroi, la gloire, le désespoir et le salutde la France . Bien que l’Empire l’eut tenté par ses côtésglorieux, il se révoltait contre les insolences de la forceorganisée, et trouvait une sorte de jouissance hautaine àflétrir la brutalité des militaires de Cour, que, dans sonlangage énergique, il appelait « des traîneurs de sabre. »Malheureusement, il croyait trop aux prodiges de la dis-cipline, lui qui, néanmoins, avait été encore plus conspi-rateur que soldat. Un peuple soulevé peut-il l'emportersur un régiment fidèle au drapeau? C’est ce qu’Armand Carrel , même après la révolution de juillet, refusa toujoursde croire. D'un autre côté, le besoin de l’action le tour-mentait; il aurait voulu renverser tout ce qui était obs-tacle à l’agrandissement des destinées de son pays, confon-