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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

I Vt

dues avec les siennes dans sa haute et légitime ambition.La guerre écrite quil avait déclarée au pouvoir ne servait,malgré les périls qu'elle portait avec elle, qu'à consolerson courage et quà tromper linquiétude de ses désirs.Forcé souvent déteindre dans ses amis le feu dont il étaitlui-même consumé, il sexaltait et se décourageait tourà tour dans cette lutte intérieure, et il sirritait de sapropre sagesse, que sa passion condamnait. En proie àces incertitudes amères, il lui arriva quelquefois dimprou-ver des mouvements qui eussent réussi peut-être, secon-dés par Jui. Il est vrai que, quand la bataille quil avaitdéconseillée était perdue, il embrassait la cause des vain-cus. sans restriction, sans réticences : contradiction-^roïque, qui est l'inévitable faiblesse des grands cœurs!

Doué dun genre de supériorité non moins réel, maisdifférent, Garnier-Pagès se distinguait surtout par sa fi-nesse, par sa pénétration, par sa prudence honnête etcalme, par une habileté singulière à mettre aux prises lespartis adverses, de manière à les ruiner lun par lautre,en obtenant lestime et les applaudissements de chacundeux. Garnier-Pagès ne sétait pas laissé insensiblementgagner comme Armand Carrel à la cause de la république ;dès ses premiers pas dans la carrière des affaires, et mêmeavant 1830, il sétait déclaré républicain. Sa jeunesse avaitété laborieuse; au sein d'une famille atteinte par dhono-rables malheurs, il avait souffert beaucoup, et pour lui,et pour un frère dont la destinée devait à jamais resterunie à la sienne, sous les lois de la plus touchante amitié.« Occupe-toi du soin de notre fortune, avait dit à lautre« laîné des deux frères ; moi, je travaillerai à la gloire« de notre nom et ils étaient entrés de la sorte dans