CHAPITRE IV.
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le monde, forts de leur mutuel dévoûment. Les rigueursdu sort ne sont fatales qu’aux natures faibles. Garnier-Pagès apportait dans la carrière politique tout ce que l’ad-versité donne aux natures d’élite : l’habitude de l’obser-vation, la sérénité dans la lutte, une saine appréciation desobstacles, la connaissance des hommes, le sens pratiquedes choses. Or, ces qualités sont précisément celles queréclame , dans le régime constitutionnel, l’exercice dupouvoir; elles auraient appelé au ministère un ambitieuxen sous-ordre : elles ne servirent qu’à créer à Garnier-Pagès , dans l’Opposition , un rôle important et original.Affable et insinuant, son esprit vif, sa simplicité, sa grâcefamilière, son langage dont une naïveté de bon goût tem-pérait la malice, lui valurent bientôt dans le Parlementune influence que semblait lui refuser d’avance la hardiessesolitaire de ses opinions. Il est certain qu’il possédait auplus haut degré l’art d’amener ses adversaires à l’aimerdans ses croyances. Quand il parlait à la Chambre, c’étaitsur tous les bancs une attention pleine de bienveillance. Eten effet, nul ne méritait mieux que lui d’être écouté.Tan-tôt dans un langage simple et facile, mais d’une admirableclarté, il traitait les plus obscures questions d’économiepolitique ou de finances; tantôt, armé d’une éloquenceagressive et fine, il déconcertait les ministres par des in-terpellations inattendues, humiliait la Cour par des révé-lations dont chacun s’étonnait, châtiait les interrupteurspar la promptitude de ses réparties, et forçait toutes lesfactions d’une Chambre monarchique à le désirer sur labrèche et à honorer en lui la république. Au milieu despréventions perfidement répandues contre l’opinion radi-cale parmi ceux qui la jugeaient sans la connaître, Car-