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HISTOIRE DE DIX ANS.
A huit heures du soir environ, un rassemblement danslequel se trouvaient des enfants et des femmes, se formadevant l’hôtel de la préfecture. La foule criait à bas lepréfet! cri auquel se mêlaient des rires et des huées. Il yavait là certainement un désordre qu’il était dans le droitet du devoir de l'autorité de ne point 1 tolérer. Mais, pourle faire cesser, il eût suffi d’une simple sommation, dugenre de celles que la loi prescrit. Car, pas une arme nebrillait dans les groupes, et les dispositions du peupleétaient si peu hostiles, que pour lui faire évacuer la courdans laquelle il s’était répandu, on n’eut besoin que d’yenvoyer cinq soldats Refoulés dans la rue et grossis àchaque instant par le flot des passants et des curieux, lesgroupes continuèrent à crier : à bas le préfet! sansessayer toutefois de violer la consigne, et sans changerleur gaîté en menace. Ils commençaient même à se dis-perser, lorsque l’arrestation brutale d'un jeune hommepar un agent de police vint donner au tumulte un alimentinattendu.
Cependant, les commissaires de police Vidal et Jourdanétant venus annoncer au préfet que le bataillon de la gardenationale convoqué par lui ne s'est point rassemblé,M. Duval leur enjoint de se rendre à la caserne, d’yprendre chacun une compagnie, et de cerner les pertur-bateurs. Ordres funestes qui ne furent que trop biencompris ! Au moment où, resserrée dans la rue qui la con-tenait, la foule réclamait à grands cris le prisonnier quis’était endormi dans le corps-de-garde, parce qu’il étaitivre, et que le premier adjoint du maire allait faire élar-gir, deux compagnies marchaient vers l’hôtel de la pré-fecture par deux routes diverses, et de manière à ne lais-