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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

sang. Un jeune homme veut protéger une femme, il a lebras percé d'outre en outre. Un ébéniste, nommé Guibert,se voyant entouré, dit au grenadier qui marche sur lui :« je ne fais pas de bruit ; ne me frappez pas. » 11 reçoitaussitôt un coup de baïonnette dans l’aine, et poursuivipar deux autres grenadiers, il va tomber sans connais-sance aux pieds de la statue de Bayard !

Un long et morne silence suivit cette sanglante agres-sion. Toutes les places, toutes les rues, avaient été occu-pées militairement, et l’indignation se renferma d’aborddans les cœurs.

Mais, le lendemain, Grenoble présentait l’aspect le plussinistre. Dès la pointe du jour, les habitants étaient sortisde leurs maisons : bientôt une foule immense innonda laville. Sur tous les visagesse peignaient à la fois l'inquiétudeet la colère. On disait le nom de chaque blessé, le nombreet la gravité des blessures; on racontait avec exaltation,dans leurs plus affreux détails, les événements de la veille,et de toutes les bouches sortaient des paroles demalédiction.

Il n’y avait donc plus de sécurité pour les citoyens, s’ilétait permis à un préfet, au protecteur naturel de la cité,de faire succéder à la licence d’une partie de plaisir leshorreurs d’une guerre civile! Mais quoi! il n’y avait paseu guerre ici : des hommes pour la plupart inoffensifs, despassants, des curieux, s’étaient vus entourés, chargés,sans qu’on les eût avertis, sans qu’on leur eût même laisséle moyen de se disperser. Par quelle fatalité avait-onadressé à la garde nationale un appel si tardif? On voulaitdonc faire intervenir les troupes? Au moins, aurait-on dùprévenir le commandant de place : pourquoi lui avait-onlaissé ignorer des mouvements qu’il devait, en sa qualité,