CHAPITRE V.
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céder aux horreurs de la maladie et de tout ce qu’on enracontait. Carie malade était cadavre, avant même d'avoirperdu la vie. Sa face maigrissait avec une promptitude ex-traordinaire. On comptait ses muscles sous sa peau, deve-nue subitement noire, bleuâtre. Ses yeux étaient excavés,secs, réduits de moitié, et comme retirés à l’aide d'un filvers la nuque et dans l’intérieur du crâne. La respirationdu malade était froide, sa bouche blanche et humide, sonpouls d’une faiblesse extrême. Sa parole était un souffle.
Des étourdissements, des bourdonnements d’oreille, desvomissements répétés, un sentiment étrange de prostra-tion et en quelque sorte de vacuité générale, le froidgagnant tout le corps par les extrémités, des dérangementsd’estomac excessifs, des crampes violentes dans les mem-bres, une respiration pénible, une angoisse inexprimabledans la région précordiale, la peau couverte d’une moiteurglacée, tels étaient les principaux symptômes du mal.Abandonné à lui-même, il lui fallait trois jours à peinepour anéantir les malheureux dont il avait pris possession ;souvent deux ou trois heures lui suffisaient.
On reconnaissait en général cinq périodes dans le cho-léra : celle du choléra léger ou cholérine , celle de l'inva-sion du mal, celle du choléra algide ou bleu, la période deréaction, et enfin la période typhoïde. Dans la troisièmede ces périodes, la plus terrible de toutes, on voyait lesmalades bondir, se pelotonner sur leur lit, et quelque-fois se coucher à plat sur le ventre en gémissant d’unefaçon lamentable, ou jeter leurs membres à droite et àgauche, en accusant des douleurs très-vives le long de lacolonne vertébrale. La sensation du froid que l’on éprou-vait en touchant le malade, dans la période bleue , se pou-