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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

aux mairies du linge, des chaussons, des couvertures, desceintures de flanelle. Peut-être le dévoùment avait-il sasource, chez plusieurs, dans une frayeur superstitieuse,dans un secret espoir de conjurer la destinée. Peut-êtreaussi de semblables crises, quand elles ne tournent pas àl'endurcissement des cœurs, ont-elles pour effet de com-mander la fraternité aux hommes, en leur rappelant leurégalité devant la mort.

Le fléau enfanta d'ailleurs, en même tempsque des acteslouables, des actions viles et odieuses. La passion du gainsema sans pudeur dans ce vaste champ de désolation. Lespréparations chlorurées montèrent à un prix excessif.Comptant sur l'ordinaire crédulité de la peur, des spécu-lateurs cyniques commencèrent à prôner et à répandredes remèdes insignifiants ou nuisibles, et ce genre de volfut poussé si loin, que le gouvernement dut se réserver lasurveillance provisoire des annonces. Comme les actionshonorables cherchent volontiers le grand jour, celles-làseules furent rendues publiques, mais l'intérieur des fa-milles montrait assez tout ce que, dans une société telleque la nôtre, le passage d'une épidémie peut remuer d'im-puretés et de limon. Car, les uns se félicitaient à voixbasse de voir diminuer une foule au milieu de laquelle ilsse sentaient étouffés, et ils s’élançaient en espérance versces emplois dont les avenues jusqu’alors avaient été en-combrées. Les autres, avec cette cupidité dont le veninse mêle aux affections de famille sous l'empire de la loides héritages, les autres étendaient déjà la main sur unefortune depuis longtemps convoitée. Les symptômes del’empoisonnement ayant avec céux du choléra une ressem-blance funeste, on assure que plus d’un crime fut commis,