308
HISTOIRE DE DIX ANS.
de cartouches, les insurgés déployaient une intrépiditédevenue l'objet d’un étonnement universel. Un vieillard,au front chauve, à la barbe grise, tomba mort dans l’in-térieur des barricades, au moment où il élevait un drapeautricolore en conviant ses compagnons à un effort déses-péré. Près de lui, un jeune homme, qui battait la charge,eut la main gauche fracassée par une balle ; on voulut letransporter à l’ambulance : « Quand ils seront partis »dit-il, et il continua de la main droite. Un des combat-tants de la rue se plaignant de la faim et demandant qu'onfit apporter des vivres : « Des vivres ! répondit Jeanne :« il est trois heures, et à quatre heures nous serons« morts! » 11 fallut recourir à l'artillerie-, il fallut formerle siège de ces quelques monceaux de pierres défenduespar une poignée d’hommes. Deux pièces de canon, placéesen avant de Saint-N’icolas-des-Champs, furent pointéescontre la petite barricade du nord, dont les boulets, dansleur volée, emportaient des pans entiers. On fit avancer enmême temps une pièce de canon par la rue Aubry-le-Boucher, de manière à réduire la maison n° 30. Les insur-gés n’en firent pas moins bonne contenance. Seulement,ils clouèrent des matelas devant les glaces, émus qu’ilsétaient par le désespoir des deux femmes dont ils avaientenvahi la demeure. Enfin, vers quatre heures, les barri-cades furent attaquées de tous les côtés à la fois : par desgardes nationaux et des soldats venant du haut de la rueSaint-Martin ; par un bataillon du 42' de ligne débouchantde la rue de la Verrerie; par une colonne du 1 er de ligne,lancé, sous les ordres du général Laidet, dans le prolon-gement de la rue des Arcis. Les républicains espéraientqu’en forçant encore une fois les assaillants à la retraite,