310
HISTOIRE DE DIX ANS.
protégé leur vie. « Faites des prisonniers, dit-il noble-« ment à ses soldats, et non des victimes. »
Chacun croyait le combat fini, et déjà des milliers decurieux entouraient les abords de la maison n° 30, lors-que, d'une boucherie attenante et donnant sur la rueSaint-Méry, partit tout-à-coup une nouvelle décharge.Étonnés, les soldats qui se trouvaient à l’entrée de la rueSaint-Méry refluent dans la rue Saint-Martin : les curieuxprennent la fuite. Profitant alors du tumulte, cinq ou sixinsurgés s’élancent hors de la boucherie, où ils s’étaientréfugiés, et se perdent dans les flots de cette foule agitée.
Il ne restait plus dans la maison que deux insurgés vi-vants. Un officier de la garde nationale que les combat-tants avaient fait prisonnier s’était enfui, avant la prise dela maison, déguisé en femme; mais les deux insurgésn’eurent pas même le temps d’essayer de ce moyen d’é-vasion. Cachés l’un et l’autre sous un lit, dans l’apparte-ment où ils avaient combattu, ils furent condamnés ausupplice d’entendre les imprécations du soldat vainqueurse mêler aux derqiers râlements de leurs compagnonségorgés. Eux-mèmes, plus d'une fois, ils se sentirent ef-fleurés par la pointe des baïonnettes cherchant quelquesvictimes oubliées. Enfin, convaincus que les soldats pro-longeraient leur séjour dans la maison, parcourue en toussens, et las sans doute d’une prudence que désavouaientleur fierté et leur audace, ils prirent le parti de quitterleur asile, bien décidés, s'il le fallait, à vendre chèrementleur vie. Mais un médecin de l’Hôtel-de-l)ieu survint quiles sauva. De leurs mouchoirs, trempés dans une vastemare de sang, ils s’enveloppèrent la tète, et, conduits parle médecin, qui réclamait pour eux le respect dû à des