CHAPITRE YI.'I.
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les ouvriers disposaient leurs outils en faisceaux, ran-geaient les brouettes autour de l’ellipse du jardin, et pre-naient place après avoir chanté en chœur la prière d’avantle repas Voilà ce que le public fut admis à contempler.Spectacles dont une nation moqueuse a bien pu ne remar-quer que la singularité tour à tour emphatique et naïve,mais qui ne manquaient assurément ni de portée, ni degrandeur. Car, dans ces pratiques, toutes de cii constance,les apôtres de Mcnilmontant allaient fort au-delà de leurspropres théories, et ils semaient autour d'eux, sans lesavoir, des doctrines qui un jour devaient faire oublierles leurs.
Ce fut le 6 juin, au bruit du canon tiré de Saint-Méry,et non loin du sanglant théâtre d’où s’élevaient les crisdes combattants, ce fut le 6 juin que, pour la premièrefois, la •famille saint-simonienne ouvrit les portes de saretraite. A une heure et demie, elle était réunie en cercledevant la maison, et, en dehors d’un second cercle formépar ceux que les hôtes de Ménilmontant appelaient la fa-mille extérieure, se formait un petit groupe d’assistantsqu’attirait la curiosité. Une cérémonie bizarre, en effet,devait avoir lieu ce jour-là : la prise d’habit
En adoptant un costume distinctif, les saint-simoniensavaient pour but non-seulement de constater leur origina-lité comme secte, mais encore de conserver quelque in-fluence sur une société qu’il ne leur était plus loisible d’é-mouvoir par des publications quotidiennes ou d’infatiga-bles prédications. C’était d’ailleurs une excellente, épreuveà faire subir aux convictions de chacun d’eux; car il fal-lait un courage tout viril et une croyance singulièrementaudacieuse, pour revêtir les insignes d’un apostolat qu’ai-