HISTOIRE DE DIX ANS.
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nonciation au monde, à ses idées, à ses plaisirs, M. MoïseRetouret s'exprima ainsi en s’adressant au Père Enfantin :
< i Je vous ai dit un jour que je voyais en vous la majesté« d'un empereur, et pas assez pour ma faiblesse la bonté« d’un Messie. Vous m’apparaissiez formidable. Aujour-« d’hui j’ai senti profondément tout ce qu’il y a de ten-« dresse et de douceur en vous. Père, je suis prêt. »
Que tout cela se soit produit au 19' siècle, en France ,à Paris, là même où le souffle de Voltaire avait passé, làoù rien n'existait plus qui ne rappelât le règne du sarcasmetriomphant et la longue domination du libéralisme, lesesprits légers peuvent n’y voir.quela matière d'un piquantcontraste, mais le philosophe y découvre autre chose.Comprimé à l'excès, le sentiment religieux et démocra-tique réagissait enfin, et cette réaction ne devait pas êtrestérile, bien qu'elle s’annonçât au milieu de circonstancesbizarres, sous les formes d’un mysticisme trop ingénu,et ayec une solennité dont l’exagération avait quelquechose de puéril. Et ce qui rend le fait plus extraordinaire,plus digne d’être enregistré, c’est que les fidèles ici étaientpresque tous des hommes instruits, studieux, spirituels,éloquents, et fort habiles eux-mêmes à saisir les ridiculesd’une société dont ils avaient dénoncé les injustices avectant de force, de hardiesse , et quelquefois de bon sens.
Toujours est-il que le gouvernement jugea les saint-simoniens trop dangereux pour les laisser jouir des der-niers bénéfices de la tolérance. Depuis quelques mois,on instruisait contre eux. Après les avoir long-tempstenus sous le coup d'un procès scandaleux, après avoirfait plus d’une fois briller les baïonnettes au milieu deleurs paisibles cérémonies, le gouvernement se décida