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HISTOIRE DE DIX ANS.
conquêtes, où les grandes positions n’étaient plus entou-rées de leur ancien prestige, où l’on n’obéissait volontiersqu’à une autorité active et vigoureuse, une royauté fai-néante tomberait tôt ou tard dans le mépris et finirait parn’ètre plus considérée que comme une superfluité coû-teuse, le roi voulait tout à la fois régner et gouverner.Or, il sentaitbienqu’uneallianceintimeentredes ministresaussi importants que MM. de Broglie, Guizot et Thiers , lecondamnerait à un rôle passif. Les empêcher de fairefaisceau était dans les nécessités de sa position ; et lesdivisions qui, dans la suite, armèrent l’un contre l’autreM. Thiers et M. Guizot , furent l'ouvrage delà Cour. Avecune remarquable habileté, elle s’étudia, dès l'abord, àverser dans l’àme de deux hommes, dupes tous* deux deleurs passions, le venin d’une ambition jalouse, M. Thiers s’était élevé d’une condition fort obscure, et jusque dansses grandeurs nouvelles il était poursuivi par la fatalitéde certaines circonstances de famille, qui sans atteindresa considération personnelle, pouvaient néanmoins jeterplus d’unobstacle danssa carrière. M. de Talleyrandpensaqu'il n’en serait que plus propre à remplir en sous-ordreles fonctions de premier ministre. On résolut donc demettre à profit contre M. Thiers les difficultés de sa posi-tion et les torts du hasard. On lui fit entendre qu'il lui étaitpermis d’aspirer à tout et qu’il était digne par son talentd’occuper dans l’État la première place au-dessous dutrône; mais qu’il avait besoin pour cela du plus haut detous les patronages, et qu'il serait perdu le jour où lamain du roi cesserait de le soutenir.
Ce qu'il fallait à la Cour, c’était un président du con-seil qui consentit à s’effacer de la manière la plus complète,