CHAPITRE VIII.
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et qui fût doué néanmoins d’une capacité assez grande,d’un talent oratoire assez distingué, pour exercer dans leparlement une influence durable. Il était arrivé souvent àLouis-Philippe d’exprimer son regret de ne pouvoir prendrepart aux délibérations de la Chambre, desquelles sa di-gnité de roi l’excluait et dont il semblait croire que saparole, en plus d’une occasion, aurait modifié le résultat.La Cour aurait donc voulu qu’avec le titre de présidentdu conseil, M. Tliiers ne fût en réalité que l’orateur de lacouronne. De sourdes manœuvres furent pratiquées envue de ce dénomment, et comme M. Guizot se trouvaitnaturellement sur le chemin de la présidence, on n’eutpas de peine à semer dans le conseil les germes de cettemésintelligence qui devait éclater plus tard et rendre legouvernement parlementaire tout-à-fait impossible.
Nul, du reste, n’était plus propre que M. Tliiers à con-duire la bourgeoisie. Son esprit délié, sa figure fine maisbienveillante, le sans-façon de ses manières, son caque-tage, la grâce nonchalante avec laquelle il faisait, aubesoin, bon marché de son importance, tout cela rendaitsa supériorité légère et en assurait d’autant mieux l’em-pire : tout cela le servait auprès d’une classe qui veut deschefs d’un abord facile et d’un mérite complaisant. Il s’é-tait élevé de fort bas, et c’était un titre à la faveur desparvenus qui saluaient en lui la légitimité de leur proprefortune. Et puis, quelle fécondité d’expédients! quelle vi-vacité d’intelligence! quelle aptitude à tout comprendre,à tout expliquer ! M. Thiers était journaliste, homme delettres, financier : il se fût fait, le cas échéant, générald’armée. Et même, en dépit delà direction de ses études,il enviait par-dessus tout le rôle de l’homme de guerre.