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Tome troisième.
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HISTOIRE UE DIX ANS.

sommé, et accorder cet honneur à un homme qu’on fassetenir dans sa vie le salut d’un peuple, il n’est point assu-rément d’erreur plus profonde, il n’en est point de plusfuneste. Les destins d’une nation ne dépendent pas de sipeu ! Quand le mal existe, c’est qu’il est dans les choses :là seulement il le faudrait poursuivre. Si un homme lereprésente, en faisant disparaître cet homme, on ne dé-truit pas la personnification, on la renouvelle. César assas-siné renaquit plus terrible dans Octave. Mais comment desemblables idées auraient-elles été universellement ad-mises dans un pays où l’on apprenait aux enfants à hono-rer le courage d’Armodius et d’Aristogiton, où la mémoirede Brutus était l’objet d’un culte classique, où l’attentatde nivôse, essayé par les grands et dans leur intérêt,n’avait été blâmé que faute d’avoir réussi, où chacun étaitadmis à traduire devant sa raison la société tout entière,et où cette doctrine de l’individualisme avait fait des pro-grès si rapides, qu’elle se produisait partout : dans lamorale, par l'athéisme delà loi et la confusion des cultes;dans la politique, par le fractionnement extraordinairedes partis ; dans l’éducation, par l’anarchie de l'ensei-gnement; dans l’industrie, par la concurrence; dans lepouvoir, par les encouragements prodigués depuis plusd’un demi-siècle à l’insurrection ? Le libéralisme avait pro-fessé pendant quinze ans cette fausse et pernicieuse théo-rie que les gouvernements ne doivent pas être chargés dela direction morale des esprits : les conséquences ne s’é-taient pas fait attendre. Sous l’empire d’une loi athée etd’une morale abandonnée à tous les caprices de la con-troverse, chacun en était venu à n’accepter, de la légiti-mité de ses actes, d'autre juge que lui-même.