CHAPITRE VIII*
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Tel était donc l’état de la société lorsque, pour la pre-mière fois depuis 1830, quelques jeunes gens, aveugléspar leur colère, se mirent à agiter de vagues projets d’at-tentat. Exaltée comme un acte de courage, la promenadetriomphale de Louis-Philippe dans la journée du 6 juinne leur avait paru, à eux, qu’une bravade. Ils se deman-dèrent s’ils n’immoleraient pas une grande victime auxmânes de ceux dont les dalles de la Morgue avaient reçules cadavres. Bientôt le bruit courut que la route de Paris à Neuilly avait été éclairée en mainte occasion par desconjurés, dont le hasard des circonstances ou l’activesurveillance exercée sur la route avaient seuls arrêté lebras.
Ce fut sous l'impression de ces rumeurs sinistres que leroi dut se préparer à ouvrir la session de 1833. Le 19 no-vembre, jour fixé pour la séance royale, tout l'espacecompris entre les Tuileries et le Palais-Bourbon se couvritde troupes. Deux voitures contenant, l’une la reine et sesfilles, l’autre les ministres, se dirigèrent vers la Chambre.Suivait le cortège, qui s’avançait avec lenteur au milieud’une double haie de gardes nationaux et de soldats. Leroi était à cheval, en tète de l’escorte. Il arrivait sur lePont-Boval, lorsque soudain, à quelques pas de lui, unedétonation d’arme à feu se fit entendre. Il tressaillit, secourba rapidement sur le pommeau de la selle, commes’il eût été blessé; puis, tournant vers l’endroit d'où lecoup était parti, des yeux hagards et un visage altéré, ilprononça quelques mots qui se perdirent dans un longmurmure de surprise et d’effroi. Il eut toutefois la forcede lever en l'air son chapeau pour saluer la foule, et ilrassura son escorte au sein de laquelle il s’était replié. La
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ni.