CHAPITRE VIII.
3 V
« ment d’égalité qui était dans la société française . » Jamaisdoctrines politiques n’avaient reposé sur des donnéesplus contradictoires, sur une utopie plus monstrueuse.Mais tel était l'aveuglement inconcevable de tous les libé-raux honnêtes ! Bercés dans des sentiments monarchiques,et toujours préoccupés de cette crainte que la permanencede l’échafaud ne succédât à l'hérédité du trône abolie, ilsdisaient : « Conservons le régime monarchique. » Puis,entraînés par le torrent des idées révolutionnaires et irré-sistiblement soumis à l’empire du principe d’égalité, ilsajoutaient : « Qu’il n’y ait dans ce régime monarchique« ni distinctions injustes, ni fictions honteuses, ni privi-« léges, » ce qui revenait à demander que la monarchieexistât en dehors des seules conditions qui la puissentrendre possible.
Le parti ministériel, sans avoir raison, avait du moinssur ses adversaires de la Gauche dynastique l’avantaged’être conséquent dans ses erreurs. Aussi sa victoire fut-elle complète. Dans les premières séances, M. Dupin aînél'avait emporté sur M. Laffitte pour la présidence; et,pour la vice-présidence, M. Bérenger avait obtenu plusde voix que M. Dupont (de l’Eure ). L’adhésion donnéeau discours de la Couronne par l'adresse, telle qu’on lavota, rendit le triomphe du ministère incontestable. La ré-daction de cette adresse ne laissait pas même percer ledoute timide que la Chambre des pairs avait exprimé surla question de l’état de siège. Il est vrai que la Chambredes députés manifestait ce désir, que la politique suiviepar les ministres se tînt également éloignée des souvenirsde la Restauration et des doctrines de la République .Étrange chimère que poursuivent encore les constitution-