210
HISTOIRE DE DIX ANS.
rompent, chacun court à son poste. Mais, à une lieue denolreavant-garde, Abd-el-Kader s'était arrête. Ce fut alorsauprès du général une succession de messages ayant pourbut de lui apprendre que l'émir était malade, qu'il n'avaitpu se mettre en route que fort tard ; qu'il serait bon,peut-être, de renvoyer l’entrevue au lendemain... A boutde patience, et oubliant la dignité de son rang pour n'o-béir qu’aux impétueux conseils de son dépit et de soncourage, le général Bugeaud laisse au général Laidet lecommandement des troupes, et suivi de son état-major,il se porte en avant.
Presque entièrement composée de cavalerie, l’arméed’Abd-el-Kader figurait un immense triangle , dont lesangles mouvants s’appuyaient à trois collines. Arrivé aumilieu des avant-postes, le général français vit venir à luiun chef de tribu, qui lui montra un coteau sur lequel étaitl’émir. « Je trouve indécent de la part de ton chef, dit le« général Bugeaud à l’Arabe, de me faire attendre si long-« temps et venir de si loin. » Et il s'avança résolument.Alors parut l’escorte de l'émir. Jeunes et beaux pour laplupart, les chefs arabes étalaient avec faste leurs richescostumes et montaient des chevaux magnifiques. Bien dif-ferente était celle du général Bugeaud, àlaquelle s’étaienlréunis plusieurs membres de l'administration civile, coiffésde la casquette modèle, et dans une tenue fort peu mili-taire. En cavalier sortit des rangs. Il portait un burnousgrossier, la corde de chameau, et ne se distinguait pointpar son costume du dernier des cavaliers ennemis ; maisautour de son cheval noir, qu'il enlevait avec beaucoupd'élégance, des Arabes marchaient , tenant le mors debride et les étriers. C’était Abd-el-Kader . Le général fran-