SUR J.-B. HUZARD.
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En juin 1 ç 85 , il fut chargé, par le tribunal des juges et consuls desmarchands de Paris , et, plus tard, par les divers tribunaux de la capi-tale, des expertises relatives aux vices rédhibitoires : il a rempli cettefonction jusqu’à la fin de 1824 ( près de quarante ans) ; alors son filsle remplaça. Il réunit , pendant ce temps , douze volumes in-folio derapports et de procès-verbaux, qui contiennent des documents précieuxsur la jurisprudence vétérinaire.
Dire toutes les ruses qu’il a déjouées en cette qualité , les friponne-ries qu’il a confondues , serait aussi impossible que d’énumérer toutesles supercheries du maquignonnage.—Voilà trois fois en peu de tempsque je renouvelle mes chevaux , disait un riche personnage à Iluzarden le consultant : voyez comme ils dépérissent ; je vais encore êtreobligé d’en changer une quatrième fois ! — Non, dit Huzard, gardez-les , ils sont bons ; mais changez le cocher. En peu de temps les che-vaux furent rétablis, et le maître fut bien convaincu que le pourboiredes maquignons au cocher avait été Tunique cause de ses mécomptes.
Consulté une autre fois par un propriétaire sur une acquisition dechevaux, Huzard fut d’un avis favorable : le vendeur satisfait se pré-senta le lendemain chez lui, offrit 200 fr. à titre de rémunération. IIu-zatd les reçut, les envoya immédiatement à l’acquéreur, avec unelettre, où il disait que, sans doute , par résipiscence , le vendeur avaitconsenti cette diminution sur le marché consommé.
Chaptal, ministre de l’intérieur, avait créé un troupeau considérableà son château de Chanteloup, près d’Amboise ; sur une lettre de sonberger, qui lui annonçait que la mortalité désolait son troupeau,M. Chaptal, profitant de ses fréquentes relations avec Huzard, l’engageà l’accompagner à Chanteloup, pour tâcher de découvrir les causes dece ravage effrayant. Un rapide examen du troupeau, suivi de quelquesquestions au berger, fit bientôt découvrir à Huzard que ce subalterne,abusant de la confiance du propriétaire , vendait les moutons aux bou-chers des environs. Confié à un homme fidèle, le troupeau prospéra.
En 1792, membre du Conseil vétérinaire et des remontes de l’admi-nistration de la guerre , chargé avec le général Brune de recevoir lesréquisitions de chevaux, il flétrit par sa courageuse indignation tousces vils déprédateurs des deniers de l'Etat, dont l’impudeur allait jus-qu’à poser tout haut cette ignominieuse question : « Combien avons-nous par tête ? » Inaccessible aux turpitudes et à l’avidité de la tourbedes subalternes , son intégrité, en préservant l’Etat de toute conçus-